Il est français, il s’appelle Thierry Jamin et son nom alimente actuellement la presse péruvienne… En effet, cet explorateur et aventurier, qui arpente depuis plus d’une décennie le Pérou à la recherche de vestiges précolombiens, vouant un véritable sacerdoce à la découverte de la cité mythique de Païtiti, a fait une annonce fracassante qui n’est pas passée inaperçue. Il aurait découvert sur le sanctuaire même du Machu Picchu un lieu inexploré qui cacherait un véritable trésor archéologique.

Cité de Machu Picchu

Parfois victime de ses détracteurs qui lui reprochent un certain flou autour de sa formation universitaire ou de ses méthodes, il se défend en déclarant « À la base, j’ai fait une formation d’historien-géographe à Tours. Puis j’ai poursuivi avec un cycle d’archéologie à l’université du Mirail. Toutes nos recherches sont faites dans le respect du protocole archéologique moderne ». Pas d’autres détails sur son parcours, mais une chose est sûre, il est un fin connaisseur de ce pays d’Amérique du Sud et de son passé précolombien, conscient qu’une partie du patrimoine préhispanique reste encore à explorer, il prospecte inlassablement. Avec ses allures d’Indiana Jones, il est à la tête de l’organisation non gouvernementale de droit péruvien, constituée d’une dizaine de professionnels, intitulée Inkari Europe, l’objectif pour l’année 2013, poursuivre ses objectifs et révéler au monde la présence permanente des Incas dans la région amazonienne en mettant à jour des vestiges et autres cités oubliées. Sa quête fut d’ailleurs l’objet d’un reportage intitulé « Les aventuriers de la cité perdue » dans le numéro d’aout 2005 dans la prestigieuse revue « National Geographic ».

Mais si le Français fait actuellement autant parler de lui, c’est qu’il est convaincu d’avoir trouvé sur le fameux site touristique du Pérou, qui est aussi le plus fréquenté au niveau national, un véritable trésor. Le Machu Picchu n’aurait pas encore révélé tous ses secrets malgré les multiples explorations et excavations menées depuis la découverte de la cité perdue des Andes par l’Américain Hiram Bingham en 1911.

L’explorateur français, qui fouille de fond en comble la ville de Cusco, ancienne capitale inca, depuis des années, assure qu’il existe des chambres funéraires sous les impressionnants édifices en pierre actuellement visibles au Machu Picchu. Il a été orienté par la découverte préalable d’une entrée obstruée (« une porte secrète dissimulée par un bloc de pierre »), en 2010, par l’ingénieur français (résidant à Barcelone, en Espagne) David Crespy qui, bloqué par les pluies, a passé plusieurs jours à scruter le site inca. Intrigué par les révélations de son compatriote, il a décidé de se pencher sur ce lieu accompagné par une équipe péruvienne d’archéologues appartenant à l’Office régional de la Culture de Cusco.

Thierry Jamin
Thierry Jamin

Selon Thierry Jamin, ses recherches à l’aide de géoradars confirment la présence, à 20 m de profondeur environ, « de matériel archéologique très important, de par sa nature et de par le contexte général de l’enceinte où il se trouve ». Plusieurs cavités (« un vaste réseau de cavités ») abriteraient des pièces en métaux précieux (or et argent), ce lieu comprendrait « au moins une chambre funéraire » voire plusieurs sépultures, dont des petites qui pourraient appartenir à des enfants.

Il a déclaré lors d’une interview téléphonique accordée à Radio Programas « nous avons déposé un projet de recherche auprès du ministère de la Culture, nous avons effectué ses recherches en Machu Picchu en avril 2012… Nous souhaitons travailler avec leur approbation. Il s’agirait de l’une des découvertes les plus importantes de notre époque et nous souhaitons que tous les Péruviens profitent de cet évènement . Cependant, jusqu’à présent aucune autorisation d’excavation n’a été accordée sur le site inscrit au Patrimoine Historique de l’Humanité. Il faut rappeler que les pressions exercées par l’UNESCO sur la préservation du site du Machu Picchu ne sont pas nouvelles, une situation qui a failli valider l’inscription de la cité sur la liste des sites « en situation de risque » établie par l’ONU.

Le directeur régional de la culture de Cusco, David Vega Centeno, minimise la découverte du chercheur français et assure qu’il n’y a pas d’éléments suffisants pour que l’État (l’unique décisionnaire pour autoriser des fouilles sur Machu Picchu) délivre cette autorisation. Des fouilles qui devraient se tenir dès lors dans le secteur suivant « Recinto 02, Sector II, Sub Sector E, unidad 03, del sector Urbano de la Ciudadela Inka de Machu Picchu”.

« Il y a deux problèmes : le Plan Maestro del Santuario stipule que seul l’État est autorisé à effectuer des recherches dans cette zone. À quelques rares exceptions (…) De plus, les études écartent toute possibilité qu’il puisse y avoir la tombe ou encore le trésor de Pachacútec, tout cela a été pillé. Il faut rappeler que Hiram Bingham fut le dernier à arriver sur les lieux ».

De son côté, l’explorateur français émet l’hypothèse que cette cavité puisse abriter une tombe royale (une « panaca real »), il s’agirait de la confirmation de l’hypothèse de l’archéologue Guillermo Lumbreras, qui durant des années a considéré que « Machu Picchu avait abrité le mausolée de Pachacútec”.

David Ugarte Centeno a par ailleurs tenu à calmer les esprits en affirmant qu’il fallait manier toutes ces hypothèses avec prudence pour ne pas provoquer « une vague de pillage généralisé ».

Luis Lumbreras s’est depuis exprimé et a affirmé que le corps de Pachacútec* se trouve à Lima contredisant ainsi les propos du français qui estime possible sa présence sur le site du Machu Picchu.

« Pachacútec se trouve à Lima. Pachacútec a été découvert sous les ordres du marquis de Cañete, en 1560, il s’agissait d’une momie que les Incas avaient cachée. Ils l’ont rapportée jusqu’à Lima sous les ordres du vice-roi. Elle a été enterrée ici dans un hôpital de San Andrés, et malheureusement sa dépouille a été mélangée avec des milliers d’autres », a indiqué l’archéologue péruvien. Lumbreras précise toutefois qu’il ne serait pas étonné qu’il puisse exister une tombe (ou un mausolée)  au Machu Picchu, mais il précise qu’il faut avoir de nombreuses preuves de son existence et qu’aucun objet en or ou en argent n’a pu échapper aux pillages « de la période coloniale et du début de la République ».

« Le site est assez touché par le tourisme et il faut prendre toutes les précautions possibles pour empêcher sa destruction (…) Que le mausolée de Pachacútec se trouvait ici est assez probable, c’est une hypothèse qui a fait surface il y a quelque temps, mais est-ce suffisant pour entamer des recherches sur ces simples supputations ? » a-t-il ajouté.

« Il peut y avoir des recours pour Machu Picchu, et si le gouvernement est favorable, il aura la possibilité de faire aussitôt des recherches. J’espère que le ministère de la Culture ne donnera pas son feu vert. Je ne connais pas Thierry Jamin mais il m’a demandé mon soutien. Je me réjouis de ses recherches, mais je lui demande de prouver ce qu’il avance ».

Il poursuit son raisonnement « la compétence archéologique est aujourd’hui professionnelle. Il est très difficile de voir les choses comme on pouvait le faire il y a de nombreuses années avec des découvreurs qui apparaissaient soudainement et déclaraient ‘il y a quelque chose, je vais creuser' ».

Travail de détection
Travail de détection

Reste à savoir si des fouilles vont être menées sur le célèbre site perché dans les nuages, et si l’explorateur français à qui l’on attribue plus de 113 découvertes sera en mesure de mener à bien son projet (et de corroborer ses premières analyses) au risque d’échouer… ou pas d’ailleurs. Si son intuition est la bonne, il s’agirait de l’une des plus grandes découvertes archéologiques en rapport avec la civilisation inca de ces dernières décennies. Le combat s’annonce âpre entre le Français et les autorités péruviennes qui ne prendront pas le risque d’endommager la citadelle, déjà éprouvée par les années et la fréquentation touristique, sans preuve scientifique et historique solide et étayée.

Thierry Jamin n’a pas dit son dernier mot et a affirmé « les géoradars ne mentent pas, ce n’est pas notre faute si les archéologues de Machu Picchu, dont certains sont en place depuis 20 ou 30 ans dans le parc, sont passés à côté de cette découverte. Nous souhaitons une réévaluation du projet par des archéologues impartiaux, qui n’ont aucun rapport avec l’équipe de Fernando Astete [anthropologue, responsable du parc archéologique de Machu Picchu]. Cela ne me paraît pas moral et professionnel que l’on nous enlève le projet ». Thierry Jamin est-il sur le point de mettre à jour des vestiges fondamentaux permettant une nouvelle approche de la civilisation emblématique du Pérou ? La question reste ouverte… Le ministère de la Culture devra juger du bien-fondé d’une éventuelle excavation.

Pour plus d’informations sur Thierry Jamin et son équipe, découvrez son site http://www.granpaititi.com/support-inkari-2010-paititi-116.html

(Aline Timbert)

*Pachacuti Yupanqui dit Pachacutec, empereur inca qui régna entre 1438 et 1471