Le président bolivien, Evo Morales, a défendu sa vision du travail infantile, fin décembre, en considérant la possibilité de ramener l’âge légal pour travailler à 12 ans, contre 14 ans actuellement, une proposition qui ne fait pas l’unanimité alors que le prochain « Código niño, niña y adolescentes », le code relatif aux droits des enfants dans le pays, doit être validé.

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Réunion d’enfants travailleurs avec Evo Morales

Après avoir reçu un groupe d’enfants travailleurs au Palais du gouvernement, le président a déclaré que, selon lui, il ne faudrait pas interdire trop strictement le travail des mineurs, tout en soulignant l’importance d’éviter toute forme d’exploitation. Mi-décembre, une centaine d’enfants boliviens avait protesté pour réclamer l’abaissement de l’âge légal du travail à 12 ans dans le cadre d’une démarche volontaire, rémunérée et encadrée. Une manifestation qui a été réprimée par les forces de l’ordre à coup de gaz lacrymogènes !

Protestation d'enfants contre la réforme du Code du travail
Protestation d’enfants contre la réforme du Code du travail

« On ne peut pas exploiter un enfant, c’est certain qu’on ne peut pas exploiter un enfant, mais parfois les circonstances t’obligent à travailler, les conditions de vie t’obligent à travailler, mais plus important encore, nous sommes conscients que quelqu’un qui travaille depuis l’enfance a davantage de conscience sociale », a affirmé Evo Morales. Le chef de l’État a souligné l’importance de prendre en compte l’opinion des enfants pour évoquer ce sujet le plus convenablement possible avant que le code « Código niño, niña y adolescente » ne soit approuvé (les discussions reprennent le 8 janvier). 

Pour les experts, modifier l’âge légal minimum du travail en dessous de 14 ans est contraire à la propre Constitution bolivienne et à la Convention 138 de l’Organisation internationale du travail en vigueur depuis 1997 et ratifié par la Bolivie.

Rolando Villena, defensor del pueblo, a affirmé que la possibilité d’abaisser l’âge légal du travail à 12 ans doit être discutée tout en insistant sur la nécessité de résoudre le problème structurel qui rend nécessaire le travail des plus jeunes. Selon des chiffres émis par la Defensoría del Pueblo, en Bolivie 850 000 enfants et adolescent travaillent, 85 % d’entre eux occupent des emplois considérés comme dangereux et 70 % épaulent leurs familles sans recevoir la moindre rémunération.

Toutefois, selon une étude menée par l’Institut national de statistiques, seuls 2,5 % des enfants qui travaillent le font par nécessité, pour échapper à la pauvreté de leur famille. « Les autres, 97,5 % d’entre eux, travaillent parce que leurs propres parents, la propre famille y trouve son avantage sans se soucier des dommages que cela peut causer », a affirmé Zavaleta, l’un des partisans du nouveau Code du travail pour enfants.

Le nouveau « Código Niño, Niña y Adolescente », débattu par le Parlement, établit l’âge minimum légal pour travailler à 14 ans, en ratifiant la norme actuelle. De son côté, Evo Morales a souligné que de nombreux enfants rejetaient la nouvelle norme, nombreux sont ceux qui éprouvent le besoin de travailler plus tôt pour améliorer leurs conditions de vie. Il a tenté d’expliquer que de nombreux enfants travaillent pour aider leur famille particulièrement dans les zones rurales « dans les zones rurales, un enfant qui sait marcher aide sa famille. Ce n’est pas de l’exploitation, c’est un sacrifice, mais c’est une question de survie même… J’ai déjà exposé cette expérience, mais personne n’a jamais voulu entendre ».

bolivie07012014-2Le président bolivien a confié qu’il a lui-même envoyé deux de ses enfants dans son village natal, dans la région andine d’Oruro pour qu’ils apprennent à mener des troupeaux de lamas. Ce dernier a donc demandé aux parlementaires d’essayer d’établir un nouveau code du travail qui soit en adéquation avec les demandes de mineurs. Les enfants et adolescents avec qui le chef de l’État s’est entretenu, fin décembre, ont expliqué qu’ils auraient recours au travail de façon clandestine s’ils n’y étaient pas autorisés par la loi. Evo Morales a également précisé qu’il a demandé aux enfants de ne pas négliger leurs études pour travailler tout en insistant sur l’importance d’être protégés de toute forme d’exploitation.
« L’ampleur, la grande précarité et l’exploitation enfants et des adolescents dans les différents secteurs de l’économie de la Bolivie constituent l’un des problèmes les plus critiques du pays », peut-on lire dans un communiqué émanant du bureau de l’UNICEF à La Paz.

Le nouveau Code du travail fait l’objet d’un débat houleux à l’Assemblée législative plurinationale de Bolivie, car plusieurs organisations d’enfants travailleurs réclament la diminution de l’âge légal du travail tout en demandant à l’État de veiller aux formes d’abus dont ils peuvent être victimes. Le Sénat bolivien a ajourné l’adoption du Code source de polémique au début de l’année 2014.

Membres du syndicat Unatsbo
Membres du syndicat Unatsbo

Le syndicat des enfants et adolescents travailleurs de Bolivie créé en 2011, l’Unatsbo, réunit plusieurs milliers de membres et oeuvre pour la régularisation du travail des enfants. Ils réclament entre autres un abaissement de l’âge légal à 12 ans afin de mieux protéger les plus jeunes, mais aussi des salaires au niveau de celui des adultes. 

« Nous avons convenu et signé un rapport écrit qui témoigne de notre engagement entre le Sénat et l’Assemblée, une nouvelle réunion est prévue le 8 janvier à 9 h à l’Assemblée et ils s’engagent à n’exercer aucune forme de pression », a affirmé la présidente du Sénat, Gabriela Montaño, qui a débattu pendant plusieurs heures avec de jeunes représentants de l’Unatsbo le 19 décembre.

La Constitution bolivienne de 2009 promulguée par le président Evo Morales interdit le travail forcé et l’exploitation des enfants, mais rend possible le travail rémunéré à partir de 14 ans.

Par ailleurs, le Code prévoit l’interdiction pour les enfants d’exercer 21 types d’emplois considérés comme dangereux ou nocifs, parmi lesquels le travail dans les mines,  dans les champs et les industries ou encore les emplois de domesticité. Les autorités estiment que les enfants courent le risque d’être davantage exposés à des agressions sexuelles, à des meurtres, à la violence et à des dommages corporels en occupant ce type de postes.

Une fois adopté, il est prévu que le Code du travail soit appliqué en août 2014.

(Aline Timbert)