Le Pérou et le Nicaragua, voilà deux pays qui craignent un regain d’activité de leurs volcans (plus précisément de leurs stratovolcans) dans les prochains jours.

Le Pérou vient de déclencher l’alerte orange pour 60 jours autour de la zone du volcan Ubinas qui est situé dans le sud du pays et culmine à 5 672 mètres. Le coordinateur de l’observatoire vulcanologique de l’Institut géologique, minier et métallurgique, Jersi Mariño, a fait évacuer un peu moins de 200 personnes résidant aux environs du volcan.

Vue de l’Ubinas

Cette décision a été prise dans les localités de Querapi et Tonohaya par mesure de prudence en raison d’une reprise d’activité du volcan qui était resté tranquille depuis 2006. Le volcan a émis des fumerolles, des colonnes de cendres et a projeté des fragments de lave, de quoi mettre en alerte les scientifiques. Au sein de la communauté de Querapi, où vivent de façon régulière des paysans, non loin du volcan, à environ 4 km de Ubinas, les résidents ont été priés de quitter les lieux. Pour le moment les habitants des districts de Ubinas et de San Juan (où résident près de 5 000 personnes) n’ont pas été invités à quitter leurs foyers, mais la vigilance perdure et la situation pourrait très vite changer si le volcan se montrait plus menaçant.

Les cendres du volcan, sous l’effet du vent, se dispersent jusqu’à Moquegua et Arequipa, 40 personnes ont dû se rendre au centre des opérations d’urgence du ministère de la Santé à cause de gênes induites par les particules. Parmi les symptômes les plus fréquents, le personnel médical note des conjonctivites, des infections respiratoires aiguës ou encore des problèmes digestifs.

Le volcan Ubinas est le plus actif du Pérou, il est localisé dans la zone andine de Moquegua, à 1 200 km au sud de la capitale Lima, il couvre une superficie de 45 km². Selon l’Institut Géophysique du Pérou (IGP), 23 épisodes de grande activité (fumerolles et émissions de cendres) ont été enregistrés depuis le XVIe siècle, ce qui fait de ce volcan le plus actif du Pérou.

Au Nicaragua, après les tremblements de terre qui ont secoué le pays ces derniers jours, les autorités scientifiques, qui n’écartent toujours pas un séisme de grande magnitude, redoutent désormais de possibles processus éruptifs émanant des volcans, l’activité sismique pouvant être liée à l’activité volcanique. Dans ce pays d’Amérique centrale, le responsable du centre sismologique de l’Institut nicaraguayen d’études territoriales, Wilfried Strauch, a rappelé combien les secousses peuvent favoriser la reprise d’activités éruptives, et appelle à la plus grande vigilance autour des volcans Momotombo et Apoyeque, le dernier se situant à moins de 15 km du centre de la capitale Managua.

« Nous pensons que les séismes aux abords du Momotombo pourraient réactiver le volcan et nous adoptons une surveillance permanente », a affirmé  Strauch, qui travaille depuis 25 ans à l’Ineter.

Vue de l'Apoyeque
Vue de l’Apoyeque

Les experts scientifiques craignent une éruption du Momotombo, un volcan qui menace 60 000 habitants des villes de Nagarote, La Paz Centro et des localités rurales de la province de León. Le littoral occidental du Nicaragua est parsemé d’une vingtaine de volcans actifs qui font partie de la fameuse « Ceinture de feu du Pacifique », cet alignement de volcans coïncide avec un ensemble de limites de plaques tectoniques et de failles. Ces limites sont également marquées par les principales fosses océaniques de la planète. La ceinture de feu compte 452 volcans, soit 75 % des volcans émergés de la planète, qu’ils soient actifs ou éteints.

Depuis le puissant séisme de 6,2 sur l’échelle de Richter qui a secoué jeudi 10 avril Managua, le président de la République, Daniel Ortega, a déclaré l’alerte rouge sur l’ensemble du territoire national.

Bien que les répliques soient beaucoup moins fréquentes témoignant d’une baisse de l’activité sismique, les autorités nicaraguayennes n’excluent pas un tremblement de terre majeur et invite ainsi la population à continuer de dormir en lieu sûr pour ne pas prendre de risques (beaucoup dorment dans des tentes ou à la belle étoile pour éviter tout danger). Les précédentes secousses ont déjà fortement endommagé les infrastructures, et les experts en sismologie de Cuba, du Venezuela, du Mexique, du Chili et des États-Unis, qui se trouvent actuellement au Nicaragua, tentent de déterminer avec certitude les origines de ces tremblements afin d’évaluer les risques à venir.

« Il y a un ensemble de failles dans toute la vallée de Managua, tout au long du lac », qui selon les géologues peuvent générer de puissants tremblements de terre, et ce sont ces failles qui font l’objet d’études en ce moment comme l’a confié l’expert cubain Leonardo Álvarez. Managua est situé sur un ensemble de failles sismiques qui convergent vers le lac Xolotlán, en 1972 la capitale a été anéantie par un puissant tremblement de terre qui a fait 10 000 morts et des centaines de blessés.

Vue du Momotombo
Vue du Momotombo

Depuis le séisme principal de jeudi dernier, le pays a enregistré le lendemain une secousse de 6,1 dont l’épicentre était situé à 60 km au sud-ouest de la capitale, non loin du volcan Momotombo. Dimanche, Managua a encore subi un tremblement de terre de 5,6 dont l’épicentre était près de l’Apoyeque, autant dire qu’autorités et populations sont sur le qui-vive craignant la fois les secousses et les éruptions volcaniques !

Les tremblements de terre de ce mois d’avril 2014 ont fait jusqu’alors deux morts et des dizaines de blessés alors que près de 2000 personnes ont dû être évacuées dans des hébergements provisoires et que des milliers de maisons ont été détruites principalement dans les villes de Nagarote, Mateare et Managua, non loin du lac Xolotlán. Le Venezuela a mis à disposition du Nicaragua le satellite Simon Bolivar pour enregistrer l’activité sismique et volcanique qui agite cette région du monde.

Mise à jour 18/04/2014 : Jeudi 17 avril, au Pérou, l’ordre d’évacuation des populations proches du volcan Ubinas, résidant dans les districts de Ubinas et San Juan de Tarucani, a été donné. Près de 4000 personnes sont concernées et 30 000 têtes de bétail (lamas, alpagas…), l’évacuation se fait progressivement et devrait durer 3 jours. Il s’agit d’établir un cordon de sécurité de 15 km autour du volcan qui émet des colonnes de cendres et de gaz.

(Aline Timbert)


(vidéo 11 avril 2014)