Le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a salué la décision prise, il y a quelques jours, par l’Assemblée législative du Salvador de gracier une femme condamnée à 30 ans de réclusion pour un avortement involontaire, mais se montre toujours inquiet quant à la législation en place dans ce pays d’Amérique centrale, l’un des plus stricts au monde concernant le droit des femmes à disposer de leur corps.

salvador26012015-2Depuis 1998, le recours à l’avortement y est strictement interdit, peu importe les circonstances (y compris l’avortement thérapeutique). Des femmes qui ont souffert d’avortement spontané ont été accusées ainsi d’homicide aggravé, un délit qui peut être condamné jusqu’à 50 ans de prison, plusieurs femmes ont été condamnées à des peines fermes de prison après avoir subi un avortement spontané : « Nous saluons la décision inédite de l’Assemblée législative salvadorienne de pardonner à Carmen Guadalupe Vásquez Aldana, une travailleuse domestique de 23 ans qui avait fait une fausse couche à l’âge de 18 ans après avoir été violée, avant d’être reconnue coupable d’homicide aggravé lors de son procès, après le reclassement de son crime ‘d’avortement’ en ‘homicide' », voilà les propos qui ont été tenus lors d’une conférence de presse par le porte-parole du bureau, Rupert Colville.

Ce dernier a expliqué que la personne graciée a été condamnée pour homicide aggravé après avoir souffert d’une fausse couche. L’Assemblée législative a approuvé à 40 voix contre 26 la grâce de Vásquez Aldana, qui purgeait depuis 2008 une peine de 30 ans de prison. Cette grâce intervient après la pression menée par différentes organisations féministes qui considèrent sa condamnation comme particulièrement injuste du fait qu’elle n’a pas eu recours à un avortement volontaire, mais à une fausse couche consécutive à une agression sexuelle. Cela faisait donc sept ans que cette jeune femme était  privée de sa liberté à l’instar de 17 autres salvadoriennes emprisonnées pour des accusations similaires d’avortement et dont la grâce est réclamée par différentes organisations civiles depuis avril 2014.

Ce petit pays d’Amérique centrale interdit totalement le recours à l’avortement et le condamne y compris lorsque la vie de la mère est en danger, de même que celle du bébé, il n’y a par ailleurs aucune clémence pour les femmes victimes de viol ou d’inceste. « De nombreux mécanismes des Nations unies, y compris des comités et des envoyés spéciaux expriment régulièrement leur profonde préoccupation face à l’interdiction totale de l’avortement et à sa criminalisation et à l’impact que cela engendre sur le droit des femmes à ne pas être discriminées, ainsi que leur droit à la vie et à la santé », a affirmé Colville en ajoutant « nous espérons qu’avec le cas de Guadalupe que d’autres cas similaires soient révisés ». Il s’agit de la première grâce accordée à une femme dans l’histoire du pays et le premier qui survient dans le cadre de complications liées à la grossesse. Pour le moment la jeune femme est toujours en prison et attend les dernières démarches pour reprendre le cours de sa vie, dont l’approbation de la remise en liberté du propre président de la République, Salvador Sánchez Cerén. Entre 2000 et 2011, au moins 129 femmes salvadoriennes ont été accusées d’avortement, 29 d’entre elles sont en prison, et 17 sont en attente d’une grâce depuis le mois d’avril dans la cadre d’une mobilisation active menée par le Groupe citoyen pour la dépénalisation de l’avortement.

salvador26012015-1Avec le Chili, le Nicaragua, le Honduras, Haïti ainsi que la République dominicaine, le Salvador est l’un des pays d’Amérique latine et des Caraïbes qui interdit totalement l’avortement. La jeune femme avait été accusée à tort par la Cour suprême de justice d’homicide aggravé contre son nouveau-né alors qu’elle n’avait que 18 ans. « En prenant cette décision, le Salvador répare une terrible injustice. Guadalupe n’aurait jamais dû être incarcérée. Cette libération est un triomphe de la justice et le résultat du travail acharné des militants locaux des droits humains », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International. À ce jour, selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, 11 % des femmes et des jeunes filles qui subissent un avortement clandestin au Salvador meurent.

La législation en cours favorise bien évidemment les avortements clandestins. Selon le ministère de la Santé, entre 2005 et 2008 , il y a eu au Salvador près de 20 000 avortements, plus d’un quart des femmes qui ont avorté avaient moins de 18 ans, ce chiffre officiel pourrait être en fait beaucoup plus important. Parmi les méthodes utilisées pour avorter clandestinement, les femmes ingèrent des pesticides ou encore des raticides ou introduisent par le col de l’utérus des aiguilles à tricoter ou des bouts de bois ou autre objet coupant afin de provoquer un avortement.

salvador26012015-3En 2013, le cas d’une jeune salvadorienne atteinte de lupus prénommée « Beatriz » ,à qui on avait interdit l’avortement thérapeutique (en dépit de son recours au Tribunal Suprême du Salvador) malgré les risques encourus par sa grossesse et le fait que son bébé soit frappé d’anencéphalie (et donc non viable à la naissance), avait énormément remué l’opinion publique. Son périple à travers les tribunaux avait attiré l’attention d’organisations comme Human Rights Watch, Amnisty Internationale et même l’ONU.

« Beatriz » avait finalement été contrainte d’accoucher par césarienne lors de sa 27e semaine de grossesse (son état de santé s’aggravant sérieusement) d’une petite fille pesant 500 g, sans cerveau, décédée quelques heures seulement après sa naissance.

(Aline Timbert)

Vidéo du 31/05/2013