La forte inflation qui pollue dramatiquement l’économie vénézuélienne a frappé avec une intensité renforcée les secteurs les plus vulnérables de la société, aujourd’hui, selon un rapport émis par trois universités de ce pays d’Amérique du Sud (Universidad Católica Andrés Bello, Universidad Central de Venezuela et la Universidad Simón Bolívar), la pauvreté concernerait 48,4 % des foyers.

Entre 2005 et 2013, le Venezuela a vécu une période de relative stabilité économique grâce au coût élevé du pétrole, ce qui a permis à un secteur de la population d’améliorer son pouvoir d’achat, mais cette situation favorable n’est plus d’actualité depuis l’an passé en raison de l’accélération de l’inflation, parmi d’autres facteurs. Un chercheur de l’université catholique Andrés Bello, Luis Pedro España a affirmé qu’en 2014, sur les 3,53 millions de foyers frappés par la pauvreté, 33 % d’entre eux correspondent à de « nouveaux pauvres ». L’étude publiée par les trois universités précise que 1,7 million de foyers vivent une situation d’extrême pauvreté, cette enquête a été réalisée au niveau national parmi 1500 familles entre les mois de septembre et octobre 2014.
Les économistes craignent que ces 33 % de nouveaux pauvres puissent tomber dans une pauvreté structurelle en 2015 en raison de l’aggravation des problèmes économiques et du manque de programmes sociaux censés venir en aide aux plus démunis.

Nicolas Maduro
Nicolas Maduro

L’année passée, le Venezuela gouverné par Nicolas Maduro a connu une inflation de 64 %, la plus importante de toute la région latino-américaine, les experts et analystes estiment que la chute des prix du pétrole, qui est la principale source de revenus pays, pourrait aggraver la crise avec une inflation pouvant atteindre jusqu’à 100 % !

Entre 2012 et 2013, l’indice de pauvreté est passé de 25 % à 32 % selon la CEPAL, le coût du panier moyen d’une famille au Venezuela a augmenté de 93 % l’an passé : « le problème de fond c’est l’inflation, favorisée par une émission de monnaie croissante sans que cela soit accompagné d’une croissance au moins proportionnelle à l’offre de biens et de services », a souligné un économiste vénézuélien.
Le Vénézuela est le pays latino-américain où la pauvreté a le plus augmenté en un an « les revenus par foyer sont insuffisants et ne permettent plus d’acheter les produits essentiels à la famille ». De son côté, le président de la République affirme que la crise vécue par le Venezuela depuis deux ans, qui se manifeste entre autres par des pénuries d’aliments, de médicaments ou produits d’hygiène, est une conséquence directe de la guerre économique perpétuée par les secteurs capitalistes de la société.

L’étude dévoilée par les universitaires contraste avec les chiffres du gouvernement qui annonce une diminution du taux de pauvreté grâce à la révolution socialiste lancée par le défunt président Hugo Chavez. Selon l’Institut national de statistiques du gouvernement vénézuélien, le taux de pauvreté a diminué fortement, il est passé ainsi de 44 % en 1998 à 27,3 % en 2013 cependant l’Institut n’a pas publié les chiffres de 2014. La Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes des Nations unies, qui s’appuie sur les chiffres officiels du Venezuela, a affirmé récemment que la pauvreté dans le pays a augmenté de 10 points durant l’année 2013, mais l’année 2014 ne bénéficie d’aucun chiffre.
La différence entre les statistiques officielles et l’étude publiée par les trois universités s’expliquerait du fait que les autorités n’ont pas pris en compte les chiffres de 2014 qui s’avèrent très mauvais.

L’économie de ce pays dépend essentiellement des exportations de pétrole dont il tire 96 % de ses revenus externes, or le prix du pétrole niveau mondial a fortement chuté, une diminution estimée à 45 $ par baril.
Depuis son arrivé au pouvoir au mois d’avril 2012 après un scrutin anticipé contesté par l’opposition (il a réuni 50,62 % des voix), le président de la République du Venezuela, Nicolas Maduro, fait face entre autres à une pénurie de dollars qui freine les importations vitales sur le territoire et génère un sérieux problème d’approvisionnement dans un contexte de faible croissance et d’inflation record.L’économie se fonde sur les importations et les capacités productives sont limitées. L’économie est totalement enclavée dans la production pétrolière. Ces 14 dernières années, les politiques révolutionnaires hostiles au secteur privé ont fait de la nation sud-américaine un pays chaque jour un peu plus dépendant de sa rente pétrolière, des bénéfices utilisés pour importer une grande quantité de denrées qui préalablement étaient produites sur le marché intérieur. De nombreuses pénuries qui ont frappé le pays l’objet d’une forte médiatisation à l’étranger, ce fut le cas au début du mois de juin 2013 lorsque les habitants se sont rués dans les magasins en quête désespérée de papier toilette !

En Amérique latine, la pauvreté touche environ 28 % de la population, soit 167 millions d’individus, un niveau qui se maintient depuis l’année 2012, selon des chiffres publiés dans l’étude Panorama social de América Latina 2014. Le pourcentage de personnes vivant dans la pauvreté extrême est estimé à 12 % ce qui correspond à 71 millions de personnes.

« La reprise après la crise financière mondiale ne semble avoir été suffisamment exploitée pour renforcer les politiques de protection sociale qui réduisent la vulnérabilité face aux cycles économiques », peut-on lire dans ce rapport.

Au début du mois de janvier, le vice-président exécutif du Venezuela, Jorge Arreaza, a appelé la population à rester unie pour éradiquer la pauvreté extrême et a demandé de la patience et de la conviction afin de renforcer les bases du socialisme comme outil fondamental pour y parvenir tout en dénonçant les tentatives de déstabilisation menée par l’opposition de droite.

Le 24 janvier, la parti de l’opposition, Mesa de la Unidad Democrática (MUD), mené par Henrique Capriles a manifesté son mécontentement en réalisant une marche « Ollas Vacías » (casseroles vides) pour protester contre les pénuries qui touchent des produits de base et la crise économique. La mobilisation a été forte, et des milliers de citoyens vénézuéliens ont réclamé à cette occasion la démission du chef de l’État dont la politique est jugée néfaste.

(Aline Timbert)