Au Pérou, les hommes n’ont pas été les seuls à détenir le pouvoir durant l’époque précolombienne, en témoigne la découverte du fascinant tombeau de celle que les scientifiques ont surnommée la Señora de Cao, une femme qui a exercé son influence au IVe siècle de notre ère sous la culture Mochica.

perou18032015-1C’est au sein du complexe archéologique de el Brujo dans la région de la Libertad que sa dépouille a été découverte en 2006 par les membres du projet Arqueológico El Brujo, une momie naturelle d’un mètre 45 identifiée comme une femme découverte dans un linceul composé de 26 couches de tissus (en coton naturel) et parée de bijoux somptueux (diadèmes, colliers…). L’analyse minutieuse du fardeau funéraire pesant 120 kilos a permis aux scientifiques d’affirmer qu’il s’agissait d’une femme âgée entre 20 et 25 ans et qu’elle appartenait à l’élite gouvernante au sein de cette société théocratique de la vallée du fleuve Chicama.

Les multiples éléments retrouvés autour de sa dépouille ont confirmé le caractère divin de la défunte. Autour de sa dépouille, trois servants censés la protéger et la servir dans sa vie éternelle, une attention témoignant du rôle prépondérant qu’elle jouait au moment où elle a vécu. Elle a en effet été enterrée avec différents symboles de pouvoir comme une couronne en or décorée d’une tête appartenant à une créature surnaturelle ou encore deux bâtons cérémoniels sans oublier des armes comme des massues et lances.
Au moment de sa découverte, le chercheur Walter Alva, à l’origine de la mise au jour du prestigieux tombeau du Seigneur de Sipán, a témoigné de sa surprise, car jusqu’alors la société mochica semblait avoir été uniquement dirigée par des hommes, « de nombreux effets et symboles de pouvoir se trouvent en possession de cette femme, or nous considérions que les Mochicas appartenaient à une société patriarcale, gouvernée par des hommes ».
La Señora de Cao avait fait l’objet d’un article en juillet 2006 du National Geographic intitulé « Le mystère de la momie tatouée ». En effet, des parties de son corps étaient recouvertes de tatouages (avant-bras, chevilles, mains, doigts) encore visibles sur ce corps momifié bien conservé représentant des serpents, des araignées, des crocodiles, des singes, des abeilles encore des papillons. L’utilisation de sulfure de mercure (cinabre) pour préserver sa dépouille a eu un effet positif sur l’éradication de bactéries qui auraient pu corrompre son enveloppe charnelle.

perou18032015-2Selon le scientifique Régulo Franco, la Señora a probablement été « une femme leader à son époque », ce qui signifie qu’elle a incarné un pouvoir politique, mais aussi religieux important au sein de la société. A ce titre, elle a probablement joué un rôle essentiel durant les cérémonies rituelles liées aux sacrifices humains, un élément clé de la religiosité de ces anciennes civilisations qui souhaitaient satisfaire les dieux en faisant couler le sang.

« Les tatouages indiquent que cette femme, en plus d’être une gouvernante et d’assumer le pouvoir de la société Moche dans la vallée de Chicama, possédait des pouvoirs surnaturels, il est tout à fait possible qu’il s’agissait d’une femme chamane, une sorte de prêtresse qui lisait dans le ciel et dans les astres et qui était également guérisseuse » avait affirmé l’archéologue Régulo Franco.

En 2009, un musée a été créé à proximité de la Huaca (ce qui signifie lieu sacré) Cao Viejo, qui parmi les différentes découvertes réalisées, abritent les restes momifiés de la Señora de Cao, elle incarne à merveille la grandeur d’une civilisation, celle des Mochica, l’une des plus fascinantes du Pérou précolombien.
La section principale de la Huaca Cao Viejo, est une pyramide tronquée de 27 m possédant des frises d’une grande beauté. Ses bas-reliefs en grandeur nature, aux multiples couleurs et parfaitement stylisées offrent la représentation de guerriers, de prêtres, de prisonniers ou des scènes en rapport avec les sacrifices humains.

Les anciens habitants de cette région ont été capables d’ériger des temples immenses et des pyramides, dont le site archéologique aujourd’hui le plus célèbre est celui de Sipan qui a révélé au public et aux scientifiques la sépulture la plus riche jamais découverte sur le territoire sud-américain. Les artisans mochicas étaient particulièrement doués pour travailler le métal et ont créé des céramiques dont le raffinement fascine toujours, à ce jour les poteries sont considérées comme les plus raffinés de l’ancienne Amérique. Différents objets sont exposés dans les musées nationaux du Pérou, ils représentent des têtes zoomorphes, anthropomorphes, mais aussi des végétaux ou encore des scènes de la vie quotidienne liées à l’activité agricole ou encore aux pratiques sexuelles.

Deux importants sites archéologiques se situent à quelques kilomètres de la ville de Trujillo : les temples du Soleil et de la Lune.
La culture mochica aussi appelée Moche est apparue dans les vallées de Moche et Chicama vers le début de notre ère (entre l’an 100 et l’an 700 après J.C.), avant de dominer un vaste territoire de la côte Nord, La Señora de Cao en était l’une de ses dignes représentantes .

(Aline Timbert)