perou09122015

Ce sont 3898 pièces archéologiques précolombiennes saisies il y a quinze ans parmi des collectionneurs et des marchands d’art de la ville de Buenos Aires (Argentine) qui vont s’en retourner au Pérou, leur lieu d’origine, en ce mois de décembre 2015. Ce retour attendu constitue la plus grande restitution de biens culturels parfaitement conservés au Pérou, dans une récente interview accordée au quotidien péruvien El Comercio, l’ambassadeur du Pérou en Argentine a affirmé qu’« il s’agit de l’acte de politique extérieure péruvienne le plus ambitieux en matière de récupération d’un patrimoine culturel dans l’histoire républicaine du Pérou ».

Il s’agit d’un ensemble de pièces composées de céramiques, d’idoles, de textiles, d’ustensiles en os sculptés, de récipients appartenant aux cultures Chavín, Lambayeque, Mochica, Chimú, Cupisnique, Nasca, Chancay, mais aussi à la civilisation Inca, des objets dans un parfait état de conservation qui pourront par la suite être exposés au grand public.
La directrice de l’Institut National d’archéologie (INAPL) d’Argentine, Diana Rolandi, a souligné que ce lot comprenait des pièces d’une grande rareté comme une tenue Chimú complète avec un bâton de commandement, mais aussi des pièces en cristal de roche jamais vues encore.

L’ambassadeur péruvien a ajouté « l’État péruvien observe avec une grande satisfaction que la République Argentine répond avec ferveur aux obligations internationales en vertu de la Convention sur les Mesures qui doivent être adoptées pour interdire et empêcher l’exportation et le transfert illicites de biens culturels, approuvée par l’UNESCO ».

La majorité de ces pièces proviennent de différents procès parmi lesquels Suárez, Croizat-Mercovan, Makarius et Paravano, ou encore le plus connu ‘Caso Janeir Aude’ (démantèlement d’un réseau de commercialisation d’objets archéologiques) débuté en novembre 2000 quand la Police nationale argentine a réalisé des perquisitions dans des galeries et boutiques de Buenos Aires pour enrayer un trafic d’œuvres d’art.
Cette coopération entre le Pérou et l’Argentine est un signe majeur du lien qui unit les deux pays dans la lutte contre le trafic de biens culturels et de la gestion réalisée par les organes du service diplomatique de la République du Pérou afin de défendre son patrimoine, a souligné le ministère des Affaires étrangères péruvien.
Les pièces archéologiques en question saisies par la justice argentine sont, à la différence des 46 000 pièces restituées par l’université américaine de Yale, dans un très bon état, et pourront donc faire l’objet d’une exposition, seulement 363 pièces en provenance des États-Unis pourront être proposées à la vue du public « dans ce cas précis, 99% des biens sont parfaitement conservés et propices à être montrés au public ».

Pendant les années qui ont précédé leur retour sur les terres péruviennes, ces merveilles de l’époque précolombienne ont été protégées par l’Instituto Nacional de Antropología y Pensamiento Latinoamericano argentin qui a précisé « il y a des pièces incroyables » en évoquant « un effort majeur pour que ces pièces puissent retourner vers leur pays d’origine », la fonctionnaire Diana Rolandi parle d’une « restitution » et non d’un « rapatriement ».

Déjà en 2011, lors de la II Conférence sur la Coopération Internationale pour la Protection et la Restitution du patrimoine culturel, les autorités péruviennes avaient manifesté leur détermination et leur ambition à vouloir récupérer un patrimoine culturel dispersé en toute illégalité par des trafiquants et puissants collectionneurs dans différents pays du monde.