perou11012016

Alors que le lac Poopó, situé en Bolivie, est en ce début d’année 2016 pratiquement asséché dans son intégralité, le célèbre lac d’altitude Titicaca (le plus haut lac navigable) perchée à plus de 3800 d’altitude à cheval entre le Pérou et la Bolivie attire l’attention des autorités de ces deux pays frontaliers sud-américains. En effet, conscients de la dégradation de cette réserve d’eau unique, les deux pays ont souscrit le 7 janvier un accord pour assurer sa conservation et préservation fondé sur 4 objectifs « réduction des pressions environnementales, organisation et réalisation d’activités, contribution à la récupération environnementale, et renforcement de la gestion environnementale ».

Ce sont 400 millions de dollars que la Bolivie et le Pérou vont investir pour protéger cette réserve hydrique dans le cadre du plan qui doit se dérouler jusqu’en 2025, le ministre de l’écologie péruvien a souligné « la Bolivie et le Pérou prennent déjà des décisions concrètes comme l’investissement dans des centres d’épuration pour le traitement des eaux usées, l’un des principaux problèmes du lac ». La pollution du lac menace l’équilibre même des habitants de la région qui vivent essentiellement des activités de la pêche, mais aussi de la faune et la flore locales. La ministre de l’écologie et de l’eau bolivienne, Alexandra Moreira et son homologue péruvien ont rappelé : « le 23 juin, nous avons eu une rencontre historique lors d’une réunion étendue entre le Pérou et la Bolivie, nous sommes fiers que le secteur environnemental soit le premier à donner des résultats directs et concrets avec la signature de cet accord ».

« Il y a un nombre important de personnes qui dépendant du lac, il faut qu’elles apprennent à le gérer », a indiqué le ministre péruvien. Le but est déjà d’empêcher les activités polluantes d’extraction minières illégales, un véritable fléau pour l’environnement, c’est important d’affronter cela et de prendre ses décisions y compris coercitives à l’encontre de ceux qui commettent ces acteurs illégaux », a-t-il déclaré en précisant « que ceux qui exercent légalement leurs activités doivent aussi avoir la volonté de collaborer ».

Le lac Titicaca représente la plus grande surface d’eau douce d’Amérique du Sud, il souffre des effets d’une pollution domestique et industrielle, mais aussi du réchauffement climatique qui a un impact sur son niveau. La ministre bolivienne a fait savoir qu’elle regrettait une forme de laisser-aller en rappelant que la pollution de certaines zones par, entre autres, l’industrie minière est connue depuis 50 ans, et a fait mention d’un effet de « bloom » en anglais (efflorescence algale) c’est-à-dire d’accumulation d’algues qui a entraîné la destruction d’une grande partie de la flore et de la faune. Le phénomène peut être naturel ou induit par des pollutions terrigènes (nitrates, phosphates). Dans ces derniers cas, des proliférations intenses et longues peuvent conduire à des « zones mortes », en raison d’une consommation de la totalité de l’oxygène dissous dans l’eau la nuit et/ou d’émissions de toxines par certaines espèces de plancton (Cyanophycées notamment).

Par ailleurs, il convient de rappeler qu’au-delà de l’importance du lac Titicaca d’un point de vue environnemental, ce lieu revêt un caractère sacré pour les populations des Andes, de nombreuses célébrations ont lieu sur ses eaux en hommage au berceau de la civilisation inca. Selon la légende, la civilisation inca descendrait du couple Manco Capac et de Mama Ocllo, fils des dieux Inti (soleil) et de Pachamama (terre). Le couple fondateur est sorti des eaux du lac Titicaca, un bâton d’or à la main, et chercha un lieu fertile où celui-ci s’enfoncerait facilement dans le sol, c’est ainsi que la capitale Cuzco « le nombril du monde » fut créée.

Le lac dont la valeur culturelle et historique est indéniable abrite plusieurs îles dont les habitants ont su préserver leurs traditions et leur mode de vie ancestral. Parmi eux, les Uros, qui vivent sur les îles flottantes fabriquées artificiellement avec du jonc et qui naviguent sur leurs embarcations traditionnelles.Taquile, Suasi et Amantaní sont réputées pour leurs constructions typiques, leurs méthodes de tissage ancestrales, leurs constructions précolombiennes et leurs paysages extraordinaires. La Réserve Nationale du Titicaca au Pérou a pour ambition de protège une faune et une flore exceptionnelles.

Il s’agit d’une zone naturelle protégée, créé en 1978 ( D.S. N0 185-78-AA) pour préserver les ressources naturelles de l’écosystème du lac Titicaca situe sur les hauts plateaux sur une superficie de 36 180 ha.
Au sein de la réserve, il y a des dizaines d’espèces d’oiseaux, de poissons, mais aussi d’amphibiens. Les oiseaux sont les plus nombreux, plus de 60 espèces ont été dénombrées, parmi lesquelles des parihuanas ou flamants roses, oies, mouettes, chullumpis et de nombreuses espèces endémiques sont menacées d’extinction.
La flore du lac est représentée par une douzaine de variétés de plantes aquatiques, aujourd’hui la Bolivie et le Pérou sont bien décidés à assurer la survivance de ce lieu d’exception marquée par l’histoire du peuple précolombien.