equateur21012016

Il aura fallu 15 ans d’investigation aux forces de police argentines pour récupérer des pièces archéologiques de grande valeur illégalement entrées sur le territoire, et c’est le 15 janvier dernier que les autorités du pays sud-américain, par l’intermédiaire du ministère de la Culture, les ont restituées à l’Équateur dont elles étaient originaires par voie aérienne.
« Offrir quelque chose d’attendu à une autre personne constitue l’une des qualités humaines. Que le peuple d’une nation restitue à un pays frère ces objets anciens pour qu’ils soient appréciés dans leur contexte d’origine est inédit et profondément émouvant », a affirmé le responsable de ce projet de restitution, le secrétaire du Patrimoine culturel, Américo Castilla.

439 objets précolombiens en parfait état de conservation et d’une valeur scientifique et historique incomparable ont été confisqués entre 2000 et 2007 par la Police aéroportuaire alors qu’ils étaient commercialisés de façon illégale en Argentine.
Parmi les pièces archéologiques, on peut mentionner des vases siffleurs, des sculptures érotiques, des textiles ou encore de l’artisanat en or et en os, ces pièces remontent à la culture Valdivia qui s’est développée entre 3500 et 1800 ans avant Jésus-Christ, une culture d’agriculteurs et de pêcheurs qui s’est développée sur la côte américaine où la première céramique américaine a été confectionnée. D’autres pièces appartenant aux cultures tuncahuan, chorrera (900-300 avant Jésus-Christ) et bahía ont également pu échapper au trafic d’art, il s’agit « d’objets peints en négatif ».

Avec cette restitution, l’Argentine manifeste son envie de défendre et de protéger les patrimoines culturels de chaque pays, et exprime son souhait d’honorer la mémoire et l’identité des peuples disparus, à ce titre, les autorités vont également remettre au Pérou des vestiges de son passé « dans les prochains jours, 4150 objets récupérés seront restitués, dont des représentations des cultures péruviennes chavin, cupisnique, moche, wari, chimú, zazca, chancay et inca ».
C’est quand l’Institut National d’Anthropologie et de Pensée latino-américain a initié le processus en 2000 en formant la police aux frontières sur le trafic de biens culturels dans le cadre de la loi nationale 25 743 (protégeant le patrimoine archéologique et paléontologique), que de nombreuses saisies ont été réalisées : « Grâce à la formation des agents de l’aéroport international d’Ezeiza qu’on a pu récupérer des pièces précolombiennes originales qu’un touriste étranger avait achetées dans la rue Florida comme souvenir« , a souligné la directrice de l’INAPL, Diana Rolandi. Dès lors des enquêtes ont été réalisées et plusieurs pièces mises en vente clandestinement ont pu être récupérées en collaboration avec les universités de Buenos Aires et de La Plata, du musée ethnographique, du Conicet, et de l’INAPL.

Depuis l’adoption de cette loi, l’Argentine a restitué des pièces archéologiques au Pérou, à l’Équateur, mais aussi à la Colombie, ce sont entre 15 000 et 20 000 objets qui ont ainsi pu retrouver leur pays d’origine en 15 ans.

Lors des interventions policières, des éléments paléontologiques et paléobotaniques en provenance d’Asie, d’Europe et d’Amérique ont été confisqués.

« C’est un fait inédit, restituer sans rien demander. Et c’est quelque chose qui est arrivé ici et pour la première fois sans réclamations internationales, sans litige, au contraire cela s’est fait avec l’idée de partager », a déclaré Américo Castilla précisant « ce sont des pièces d’une valeur phénoménale, et pas seulement d’un point de vue économique. Les pièces Valdivia d’Équateur sont considérées comme les plus anciennes d’Amérique latine ».

Le ministère de la Culture a rappelé que tous les cas de restitution n’ont pas été placés sous le signe de la cordialité « il y a eu un antécédent différent avec l’Université de Yale aux États-Unis, qui, en 2014, après un long litige, a accepté de restituer des objets incas réclamés depuis des années par le Pérou, soustraits au Machu Picchu par l’explorateur américain Hiram Bingham en 1912 ».

Sur son site, Interpol rappelle que : « Les vols de biens culturels touchent autant les pays développés que les pays en développement. Le trafic de biens culturels est une forme de criminalité transnationale qui concerne les pays d’origine, de transit et de destination ».

Des spécialistes et des responsables de dix pays ont adhéré le mercredi 30 septembre 2015 à Buenos Aires une série de mesures visant à lutter contre le trafic illicite des biens culturels en vertu de l’atelier transnational « le contrôle des frontières relatif à la circulation des biens culturels ».
Ont assisté à cette réunion des délégués des pays membres de l’UNASUR : Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Équateur, Paraguay, Pérou, Venezuela et Uruguay. En 2011, le Pérou était le pays d’Amérique latine le plus touché par le trafic et le vol de biens patrimoniaux, suivis par la Bolivie et le Mexique, selon la section péruvienne d’Interpol.