bolivie19022016

La pauvreté est encore très marquée parmi les communautés indigènes, c’est ce qu’il ressort de l’Étude « Latinoamérica Indígena en el siglo XXI » (Amérique latine indigène au XXI ») dévoilée lundi 15 février par la Banque Mondiale, un natif sur trois d’origine latino-américaine vit dans la pauvreté. Le spécialiste en développement social de la Banque Mondiale, Germán Freire, a ainsi révélé les conclusions du rapport au Panama et a indiqué que les indigènes représentent environ 31 % des pauvres du continent alors qu’ils constituent 8% de la population totale (soit environ 42 millions de natifs) : « Les indigènes sont encore aujourd’hui le segment le plus pauvre de toute la région. Ainsi, ils sont plus pauvres que le reste de la population avec le même niveau de préparation ou le même niveau d’accès aux ressources, entre autres choses ».

L’expert de l’organisme international a évoqué la discrimination et l’exclusion comme « des obstacles importants », pour que ces communautés puissent prospérer et accéder à de meilleures conditions de vie. De passage au Mexique cette semaine, le Pape François en personne a évoqué lors d’une messe donnée au Chiapas, région à forte population indigène, le rejet dont sont encore victimes les natifs sur leurs territoires : « Plusieurs fois, de manière systématique et structurelle, vos peuples (Indiens) ont été mal compris et exclus de la société. Certains ont considéré comme inférieures vos valeurs, votre culture et vos traditions (…) Quelle tristesse! Cela nous ferait du bien à tous de faire une introspection et d’apprendre à dire : pardon », a déclaré le souverain pontife.

Dans tous les cas, bien que le rapport indique que les communautés autochtones n’aient pas bénéficié de la croissance de la même façon que le reste de la population pendant les années de boom économique, on peut lire qu’il y a néanmoins eu des progrès significatifs .

Selon le vice-président de la Banque mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Jorge Familiar, « L’Amérique latine a connu une profonde transformation sociale qui a réduit la pauvreté et a permis à la classe moyenne d’augmenter, mais les peuples autochtones en ont moins bénéficié que les autres Latino-Américains ».

« Grâce à la combinaison de la croissance économique et des politiques sociales, plus de 70 millions de personnes sont sorties de la pauvreté dans des pays comme le Pérou, la Bolivie, le Brésil, le Chili et l’Équateur, tandis que d’autres pays, parmi lesquels le Mexique et le Nicaragua, la brèche dans le milieu éducatif qui depuis des décennies excluait les enfants autochtones a été refermée », Freire a conclu que les populations autochtones participent au processus politique à tous les niveaux « il y a des représentants autochtones dans les plus bas niveaux du gouvernement et au plus haut niveau, du plus bas jusqu’à la présidence de la Bolivie ». Rappelons que l’actuel chef de l’État bolivien, Evo Morales est un natif d’origine aymara né dans une ville de mineurs de l’Altiplano.

Le Guatemala, la Bolivie sont les pays à la plus forte population indigène, ils sont suivis par les pays suivants : le Pérou, le Mexique et le Panama (80% de la population indigène résident dans ces pays). Bien que la région latino-américaine soit pionnière dans les politiques autochtones, il y a encore un long chemin à parcourir, puisque plus de 30% de la population indigène vit dans la pauvreté et 24% dans l’extrême pauvreté, « près de trois fois plus que la population non autochtone », a révélé la Banque mondiale à travers la voix de son vice-président pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Jorge Familiar.

Rappelons que, sur les 22 pays qui ont ratifié la Convention 169 de l’OIT (organisation internationale du travail), le principal instrument international défendant les droits indigènes, 15 sont latino-américains, mais dans les faits tout n’est pas toujours aussi évident, et de nombreux conflits indigènes éclatent encore aujourd’hui au sujet de la possession des terres. Le développement d’activités d’exploration minière et pétrolière s’inscrit souvent à l’encontre de l’article 15 : « Dans les cas où l’État conserve la propriété des minéraux ou des ressources du sous-sol ou des droits à d’autres ressources dont sont dotées les terres, les gouvernements doivent établir ou maintenir des procédures pour consulter les peuples intéressés dans le but de déterminer si et dans quelle mesure les intérêts de ces peuples sont menacés avant d’entreprendre ou d’autoriser tout programme de prospection ou d’exploitation des ressources dont sont dotées leurs terres. Les peuples intéressés doivent, chaque fois que c’est possible, participer aux avantages découlant de ces activités et doivent recevoir une indemnisation équitable pour tout dommage qu’ils pourraient subir en raison de telles activités ».

La Convention 169 promeut un ensemble de droits fondamentaux attachés à la survie des peuples indigènes et Les États l’ayant ratifiée s’engagent à garantir de manière effective leur intégrité physique et spirituelle et à lutter contre toute discrimination à leur égard (article 7 : « Les peuples indigènes et tribaux doivent avoir le droit de décider de leurs propres priorités en ce qui concerne le processus du développement, et d’exercer autant que possible un contrôle sur leur développement économique, social et culturel propre, et que les gouvernements doivent prendre des mesures, en coopération avec les peuples intéressés, pour protéger et préserver l’environnement dans les territoires qu’ils habitent »).

Les peuples originaires d’Amérique latine sont « beaucoup plus organisés et structurés » que ceux du reste du monde a souligné de son côté Dianna Pizarro, spécialiste en développement social, en ajoutant qu’ils parvenaient à faire entendre leur voix « de nombreuses constitutions reconnaissent des sociétés multiculturelles, ce qui n’est pas le cas dans le reste du monde ». On parle par exemple d’État plurinational en Bolivie, L’Équateur se définit comme un État plurinational et interculturel.

Pour réduire ces vulnérabilités avec plus de succès, le rapport suggère l’examen des problèmes des populations autochtones à travers un œil différent qui prenne en compte leurs voix, leurs cultures et identités, bref leur singularité et la richesse que cela induit sur la société.