paraguay24022016

Face à la déforestation qui ravage le Chaco paraguyen (abritant une faune et une flore exceptionnelles, le Chaco représente, après la forêt amazonienne, la deuxième zone forestière du continent sud-américain), la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) a rappelé aux autorités de ce pays au cours du mois de février son devoir de protéger les territoires indigènes qui sont grignotés chaque jour un peu plus en toute illégalité. Sur ces terres, vit en isolement volontaire la communauté native des Ayoreo-totobiegosode, l’un des derniers groupes à fuir tout contact avec « le monde moderne ».

25 millions d’arbres ont été coupés en octobre 2015 au Paraguay, Argentine et Bolivie, trois pays qui partagent la région du Chaco, la déforestation moyenne lors de ce mois a été de 925 hectares au Paraguay, 576 hectares en Argentine et 185 hectares en Bolivie.

La déforestation au mois d’octobre 2015 dans le Chaco a eu lieu à hauteur de 55 % sur le territoire paraguayen, 34 % en Argentine et 11 % en Bolivie, selon des chiffres de Guyra fondés sur des images satellites qui peuvent être consultées sur le portail « GeoPortal CartoChaco ».

La Commission, qui dépend de la OEA a fait envoyer une résolution où elle reprend toutes les dénonciations au cours de ces trois dernières années, on peut lire « il faut éviter que la déforestation se poursuive sur le territoire reconnu des indigènes Ayoreo ». La déforestation illégale précise la résolution a induit « de nombreux contacts avec le groupe que se trouve en isolement volontaire et qui pourrait mettre en danger la survivance physique et culturelle de ces derniers ». De nombreux natifs ont déjà perdu la vie en raison de ses contacts « avec des étrangers » en contractant des maladies contre lesquelles ils n’ont aucune immunité.

Un porte-parole des communautés totobiegosode a déclaré « c’est un espoir pour les totobiegosode de récupérer leur territoire volé et de le préserver » et a mentionné l’irresponsabilité de l’État paraguayen et son incapacité à respecter le droit des natifs depuis plus de 20 ans.

Les Totobiegosode réclament que trois sociétés cessent leurs activités dans le Chaco, la société Yaguarete Pora, aux capitaux brésiliens, a vu sa licence environnementale suspendue, mais elle continuerait de déboiser leurs terres ancestrales, ce qui constitue une menace majeure.

Par conséquent, la Commission appelle à un protocole spécifique pour la protection des natifs conformément aux normes internationales.

Stephen Corry, directeur de Survival International, organisme de protection des peuples autochtones a fait part de sa satisfaction devant l’engagement du CIDH, mais attend des faits concrets : « Il est encourageant de constater que la Commission interaméricaine a pris cette position, mais nous n’aurons pas l’esprit tranquille tant que le gouvernement n’aura pas pris de mesures concrètes pour protéger les Ayoreo et leur territoire. La tribu a terriblement souffert ces dernières décennies. Leurs terres ancestrales ont été détruites et ils ont été forcés à changer de mode de vie. Cela a engendré des conséquences tragiques et la mort de membres de leur communauté – ce qui arrive fréquemment dans de telles circonstances. Faire en sorte que la décision de la Commission soit appliquée est un impératif humanitaire, tout comme le fait que les Ayoreo aient l’opportunité de décider de leur propre avenir plutôt que de voir leurs vies détruites par des personnes étrangères à leur communauté ».

Rappelons que le Paraguay, comme d’autres pays d’Amérique du Sud, a adopté la Convention 169, or, en ne respectant pas les droits des peuples autochtones, le gouvernement nie en toute connaissance de cause la ratification du 10/08/1993. Par ailleurs, le 13 septembre 2007, l’Assemblée générale des Nations Unies a entériné la Déclaration sur les droits des peuples autochtones (DDPA). Avec l’adoption de cette déclaration, les Nations Unies se sont engagées sur la promotion et de la protection des droits des peuples indigènes et tribaux à travers le monde.

Le peuple ayoreo constitue la dernière population native d’Amérique du Sud résidant en dehors du bassin amazonien.Des compagnies d’élevage privées telles que Yaguarete Porá S.A. ont d’ores et déjà réduit à néant plusieurs milliers d’hectares de forêts pour en faire des zones agricoles obligeant les natifs à abandonner leurs terres ancestrales.

C’est tout un système écologique précieux qui est réduit à néant avec cette destruction environnementale massive, et c’est la disparition d’une communauté qui est en jeu si aucune mesure concrète et urgente n’est prise pour protéger cet habitat naturel unique.