argentine05042016

Le début d’année 2016 a apporté de mauvaises nouvelles pour les citoyens les plus vulnérables d’Argentine. En effet, l’Observatoire de la dette sociale de l’Université Catholique d’Argentine (UCA) a annoncé que le pays a enregistré une hausse de 1,4 million de personnes pauvres depuis un peu plus de trois mois, des chiffres repris par la presse.

Environ 13 millions de personnes ne disposeraient plus de revenus suffisants pour répondre à leurs besoins de base selon cette enquête. Le chiffre est éloquent, 34,5 % des Argentins vivraient dans une situation de pauvreté à l’heure actuelle.

La cause principale est l’augmentation des prix des denrées alimentaires (10 % au cours des trois premiers mois). « Ceci est le taux de pauvreté le plus élevé de ces sept dernières années », a annoncé le directeur de l’agence, Agustín Salvia, qui a exprimé sa préoccupation à propos de la situation économique « difficile » en Argentine avec l’augmentation rapide du coût de la vie.

L’expert a ajouté que « ces projections ne tiennent pas en compte des pertes d’emplois qui ont eu lieu dans le contexte d’une économie inflationniste et affectée par des ajustements macroéconomiques, et les annonces récentes de l’augmentation du prix des transports et des services résidentiels ».

Mauricio Macri, du parti centre-droit Cambiemos, est devenu président de l’Argentine en décembre 2015 en faisant de la « pauvreté zéro » l’une de ses priorités durant la campagne électorale, mais son début de gestion à la tête du pays sud-américain ne rassure pas vraiment même s’il est bien trop tôt pour tirer des conclusions en ce début de mandat.

Selon la même étude, la pauvreté est passée de 5,3 à 6,2 % pour cette période, au moins 350 000 personnes sont passées en situation d’indigence dans les premiers mois de 2016.

« Si à court terme on n’est pas au moins en mesure de contrôler les augmentations de prix des biens et services de base et de réactiver la demande d’emploi … on ne pourra guère inverser la tendance et réduire la pauvreté urbaine », précise le rapport de l’UCA.

Selon le centre de recherche, le panier alimentaire de base (CBA) pour un adulte est passé de 1089 $ en 2015 à 1 220 $ en avril (soit une hausse de 12 % en trois mois seulement). Pour une famille moyenne, il est passé de 3365 $ à 3769 $ sur la même période.

« Il y a un problème social », a déclaré Agustín Salvia, directeur de recherche lors de la présentation des conclusions de l’étude menée, il a affirmé que la dévaluation a des «effets forts» sur les secteurs les plus vulnérables de la société, qui sont « privés de droits économiques basiques qui leur permettent d’avoir une vie décente ». Pour Salvia, « il n’y a pas de développement durable d’une société » fondée sur les politiques sociales, en soulignant qu’il faut de la croissance pour y parvenir, nous avons besoin d’«investir et de travailler. Ce qui permet aux gens de quitter la pauvreté ce sont de meilleurs revenus et des conditions d’égalité, pas des subventions ».

Les études sur la pauvreté de l’UCA sont aujourd’hui considérées comme les plus fiables, elles sont même prises en compte par le gouvernement du Macri puisque l’Institut national de la statistique et du recensement (Indec) n’a pas publié les chiffres de cet indicateur lors de la précédente administration.

Les dernières données de l’Indec remontent à l’année 2013. À cette époque, l’agence avait communiqué un niveau de pauvreté de 4,7 % sous la présidence de Cristina Kirchner.

Le nouveau directeur de l’Indec, Jorge Todesca, a souligné qu’à partir du mois d’août ou de septembre, l’agence pourrait commencer à diffuser à nouveau les indicateurs de pauvreté.

« Il y a eu un changement politique très important et une situation économique qui apportent des préoccupations aux citoyens et aussi à ceux qui étudient les sciences sociales », a déclaré Agustín Salvia, coordinateur et enquêteur principal de l’Observatoire de l’université proche du Pape François en justifiant son action « Ce sont des préoccupations académiques et non politiques ».

En outre, le gouvernement argentin a annoncé l’entrée en vigueur le 8 avril d’une augmentation du prix des billets de transport en commun dans tout le pays, ces derniers devraient doubler.

« L’État doit prendre en charge ce qui lui incombe, et les choses qu’il ne peut pas prendre en charge, eh bien ce sont les citoyens qui doivent payer », a déclaré la vice-présidente Gabriela Michetti, elle a également dénoncé« les politiques populistes » menées jusque-là en Argentine qui, selon elle, ont appauvri le pays,  « cela a été un placebo inutile parce que la maladie s’agrandit encore et encore ».