perou24052016

Le Pérou a déclaré, hier lundi 23 mai, une situation d’urgence dans une vaste zone amazonienne à la frontière avec le Brésil et la Bolivie en raison d’une contamination au mercure liée aux activités minières clandestines dans la région.

Le gouvernement du président de la République d’Ollanta Humala a publié un décret suprême dans le journal officiel El Peruano qui déclare la situation d’urgence pour une durée de 60 jours dans 11 districts de la région de Madre de Dios au coeur du poumon vert, où des études ont révélé une contamination de ses habitants au mercure. Une pollution des eaux des rivières et fleuves et au moins d’un type de poisson largement consommé par les natifs.

Le document fait mention de « l’état de la pollution par le mercure des eaux des fleuves, des espèces aquatiques et de la population, avec des taux plus élevés que les limites maximales autorisées ».

On peut également lire que « la pollution au mercure de l’air, de l’eau, des sédiments et des poissons est le résultat de pratiques abusives utilisées par l’exploitation minière illégale et informelle pour l’extraction et le traitement de l’or alluvionnaire. »

L’activité illégale touche Tambopata, Inambari, Las Piedras, et Maze dans la province de Tambopata; Fitzcarrald, Manu, Madre de Dios et Huepetuhe dans la province de Manu; et Iñapari, Iberia et Tahuamanu dans la province de Tahuamanu, des provinces qui font partie de la région Madre de Dios.

Pendant ce temps, le ministère de la Santé du Pérou a déclaré que les niveaux élevés de mercure qui sont concentrés dans les organismes des habitants consommant de grandes quantités de poissons contaminés induisent des problèmes de santé graves en particulier chez les plus fragiles comme les enfants et les femmes enceintes.

Manuel Pulgar-Vidal, ministre de l’Environnement, a déclaré aux journalistes depuis le palais présidentiel que l’urgence a été décidée après une série d’études, y compris une enquête de 2013 de Carnegie Institution for Science de l’Université de Stanford de California en Californie qui a révélé que 76 % des personnes médicalement testées à Madre de Dios, possédaient des niveaux supérieurs de mercure aux niveaux normalement tolérés.

Des milliers de mineurs encouragés par le prix élevé de l’or, dont l’once vaut 1200 $, ont été à l’origine en moins d’une décennie, d’une fièvre de l’or aux conséquences désastreuses sur l’environnement, la déforestation a impacté 40 000 hectares et a dévié le cours des rivières.

Selon les revendications des communautés autochtones, il y a aussi une pollution au mercure au sein de la communauté Santa Rosa de Serjali à Ucayali (sud-est), où évoluent des membres de la communauté ethnique nahua.

La pollution concerne aussi l’air, et les poissons, en particulier l’espèce Mota Punteada (Calophysus macropterus) qui est très consommée par la population de Madre de Dios. « Il est conseillé de ne plus manger cette espèce de poisson », a souligné le ministre de l’Environnement Manuel Pulgar-Vidal.

« Les conséquences de l’activité minière à Madre de Dios nous accompagneront au cours des 80 prochaines années, et il fait la combattre maintenant », a-t-il dit, et a assuré que le gouvernement fera la promotion de fermes piscicoles pour répondre à la demande dans la région.

La région de Madre de Dios produit environ 20 % de l’or extrait au Pérou, septième producteur mondial.
La plupart de ce minéral est extrait par des mineurs qui opèrent illégalement et qui utilisent de grandes quantités de mercure pour amalgamer l’or. La présence de mercure dans le sang peut affecter les organes vitaux comme les poumons et les reins. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il est l’un des dix éléments particulièrement problématiques pour la santé.

« La pollution au mercure est extrêmement délicate pour la santé humaine, en raison de ses conséquences irréversibles, par conséquent, les autorités sanitaires devraient multiplier les investigations afin de limiter la source de pollution nuisant à la population autochtone », a affirmé la leader indigène, Nery Zapata.

Des organisations telles que Survival International et l’Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (AIDESEP) ont lancé un cri d’alarme au gouvernement afin de poursuivre des études médicales sur les autochtones et publier les résultats, de sorte que cette contamination puisse s’arrêter et que les responsables soient punis, visiblement la voix des organisations de défense des droits autochtones commence à se faire entendre.

Au cours de cette période d’urgence, des actions de réhabilitation immédiates visant à réduire les effets préjudiciables causés par cette pollution devraient être adoptées.