continent15072016

Il ne fait pas bon être un activiste écologiste dans certains pays du monde, et l’Amérique latine concentre des chiffres alarmants concernant les assassinats de militants qui luttent pour la protection de l’environnement. C’est le Brésil qui détient un triste record en 2015 avec 50 morts enregistrés parmi des militants engagés, des chiffres donnés par l’ONG britannique Global Witness qui dénonce également la violence au Pérou, en Colombie et en Amérique centrale.

185 personnes ont perdu la vie l’an passé pour avoir défendu leurs terres et leur environnement dans 16 pays différents, après le Brésil, ce sont les Philippines qui enregistrent 33 morts parmi les écologistes les plus fervents, 26 assassinats ont été enregistrés en Colombie, 12 au Pérou et un chiffre identique au Nicaragua.
Dans le rapport divulgué par l’organisation, on peut lire « la violence a été légitimée comme un élément de la vie politique. De façon informelle, c’est devenu acceptable, après trois années passées en Amazonie, je n’ai jamais vu une situation aussi mauvaise », une confidence de l’activiste brésilien Felipe Milanez.

« C’est probable que nos données sur ces meurtres sous-estiment le problème, étant donné que de nombreux décès ne sont pas signalés, surtout dans les régions éloignées et isolées », précise l’ONG soulignant, par ailleurs, que, dans certains cas, il était impossible de recueillir suffisamment de données pour vérifier les faits.
Le meurtre reflète le risque extrême auquel les défenseurs de la terre et de l’environnement sont confrontés, selon Global Witness, les gouvernements et les entreprises utilisent des mesures juridiques pour attaquer les activistes et entraver leur légitime défense de leurs droits fonciers et de la nature.
Le rapport rappelle qu’il est « urgent et important » de mettre fin à cette augmentation de la violence.

« Protéger les défenseurs de la Terre et de l’environnement est essentiel, c’est non seulement une question de justice et de droits fondamentaux pour l’homme, mais aussi pour notre survie collective », alerte l’ONG.
Global Witness a dédié ce rapport à l’écologiste d’origine hondurienne assassinée le 3 mars dernier à son domicile dans la communauté de La Esperanza : « à Berta Cáceres et à beaucoup d’autres militants courageux » qui font face au pouvoir, et ce malgré le risque que cela représente pour leur vie. »
Cinq personnes sont emprisonnées pour son assassinat, y compris un cadre supérieur de la société Desarrollos électrique S.S. (Desa), qui avait menacé Caceres pour s’être opposée lors de mobilisations indigènes contre la construction d’un barrage sur la rivière Gualcarque.

« La plupart des morts sont des gens ordinaires qui ne pensaient pas être des militants écologistes. Ce sont des gens qui vivaient même dans des régions éloignées et qui pour la première fois ont entendu le bruit d’une scie à bois ou d’une machinerie lourde autour d’eux, puis ils ont commencé à se demander: que se passe-t-il là-bas ? Que faites-vous dans mon pays ? Et ils ont décidé de se lever et de ne pas permettre la destruction de leur maison », explique le leader Billy Kyte de Global Witness.

Les industries extractives et minières étaient à l’origine de la plupart des meurtres de l’année 2015 (une augmentation de près de 70 % depuis 2014). Bon nombre des plaintes contre l’exploitation minière étaient liées au refus des entreprises de consulter préalablement les communautés locales sur les projets qui affectent leurs terres et leur environnement, une action contraire à la résolution 169 de l’OIT sur les droits des peuples autochtones : « L’un des facteurs à l’origine de tous les meurtres est relative à la pression sur la propriété, le contrôle ou l’utilisation des terres et de nombreuses communautés rurales ont été soumises à une violente répression par les propriétaires fonciers et les entreprises ayant plus de pouvoir qu’eux », précise le rapport.

Le contrôle du bois est, au Brésil, la cause majeure de ces crimes odieux. On estime que l’exploitation illégale du bois au Brésil représente 25 % des marchés mondiaux. Les conflits sur l’exploitation forestière de l’an dernier ont donné lieu à l’assassinat de 15 écologistes dans le monde, suivi par l’exploitation minière (42 %), l’agroalimentaire (20 %), hydroélectrique (15 %) et le braconnage (13 %). Fearnside, chercheur à l’Institut national de la recherche amazonienne (INPA) du Brésil, craint que la situation dans son pays n’empire un peu plus encore en raison de l’influence de l’agro-industrie au niveau politique, ce qui limite la création d’aires protégées, en particulier en Amazonie.

Entre 2010 et 2015, Global Witness a enregistré 753 meurtres. Trois sur quatre ont été commis en Amérique latine (77 %).

(vidéo du 04/12/2015)