colombie07102016
Juan Manuel Santos, en juillet 2010, Casa Rosada (Argentina Presidency of the Nation) Source Wikipedia

Le Prix Nobel de la Paix 2016 a été décerné ce matin au président de la République Juan Manuel Santos, à la tête de la Colombie depuis 2010, ses efforts en vue de parvenir à la paix dans le pays sud-américain ont été salués par la communauté.
« Le fait que la plupart des électeurs aient dit ‘Non’ à l’accord de paix ne signifie pas que le processus de paix soit terminé », a déclaré la porte-parole du comité de remise des prix depuis Oslo.

Aux journalistes, la porte-parole a souligné que Santos est récompensé pour son engagement personnel dans la mise en oeuvre du processus de paix dont l’objectif est de mettre fin à une guerre civile qui sévit dans le pays depuis plus de 50 ans.
En faisant référence au récent référendum organisé en Colombie (le 2 octobre dernier) où les votants ont répondu « No » à la question qui leur était posée « Êtes-vous favorables à l’accord final pour la fin du conflit et la construction d’une paix stable et durable ? », la porte-parole a souligné que ces résultats ne constituent pas un « non » à la paix, mais « à cet accord ».
« Conscient du fait que l’accord a été controversé, il [Santos] a été un outil important pour faire en sorte que les Colombiens puissent exprimer leur opinion en votant sur l’accord de paix lors d’un référendum », a déclaré le comité dans une déclaration publique faisant référence à leur décision.

Cependant, la coordinatrice du Comité, Kaci Kullman Five, a déclaré « qu’il existe un risque réel de voir le processus vers la paix suspendue et la guerre civile éclater à nouveau, » il est donc très important que le gouvernement de Santos et les FARC « continuent de respecter le cessez-le-feu ». En décernant le prix au président colombien, le Comité Nobel a exprimé l’espoir « que cela rendra l’action du président plus forte », pour faire avancer « cette tâche compliquée » et « faire en sorte que le processus de réconciliation porte ses fruits ».

Interrogé sur son intérêt à continuer à négocier la paix avec les FARC, malgré la déception engendrée par le référendum, lors d’une cérémonie historique, Santos a affirmé: « Il suffit juste de croire en une cause, en une meilleure cause pour toute société, pour tout pays, celle de vivre en paix. Quelque chose à laquelle les Colombiens n’ont pas pu accéder depuis trois générations. Je pense qu’il est temps, les conditions sont propices. Voilà ce qui m’a donné de la force, c’est la meilleure cause à laquelle tout le monde peut aspirer. »

Le président de la Colombie a remercié le Comité du prix Nobel et a accepté le prix avec émotion « au nom de tous les Colombiens » et « surtout, au nom des victimes de la guerre prolongée ». Selon le jury, le prix est aussi « un hommage à la population de Colombie qui, malgré les grandes difficultés et abus, n’a pas perdu espoir en une paix juste, et pour toutes les parties qui ont contribué au processus de paix » et à toutes les victimes d’une guerre qui a coûté la vie à près de 220 000 Colombiens et qui a contraint plus de six millions de personnes à se déplacer sur le territoire.
Santos et le commandant en chef des FARC, Rodrigo Londoño, alias Timoshenko, ont signé le 26 septembre un accord historique pour mettre fin à cinq décennies de conflit. Contre toute attente, le peuple colombien a rejeté l’accord lors d’un référendum organisé dimanche dernier rendant le futur plus incertain, même si les autorités et la guérilla témoignent de leur volonté persistante de faire taire les armes.

Alors qu’il conduit son second mandat présidentiel à l’âge de 65 ans, Juan Manuel Santos est assuré de marquer l’histoire de son pays, car il a réussi à signer une paix que ses prédécesseurs à la présidence n’ont jamais conclue, aujourd’hui il lui faut poursuivre son combat pour la pacification définitive du pays.

Le haut-commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, Ra’ad Zeid al Hussein, est convaincu que ce Prix Nobel de la Paix au Président de la Colombie, Juan Manuel Santos, stimule de manière significative la nouvelle phase du processus de paix.
« Nous espérons que cela va donner un gros coup de pouce au processus de paix », a déclaré porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Rupert Colville, alors qu’il s’exprimait devant la presse.

Avec Gabriel Garcia Marquez, qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1982, le président colombien devient le deuxième citoyen de ce pays d’Amérique latine récompensé d’un prix Nobel. Le dernier prix Nobel de la paix pour l’Amérique latine avait été remis à Rigoberta Menchú, militante au Guatemala, pour « son travail pour la justice sociale et la réconciliation ethno-culturelle fondée sur le respect des droits des populations autochtones ».