bolivieperou07032017

Triste réalité de ce qu’est devenu le lac Titicaca, à la frontière entre le Pérou et la Bolivie, le berceau mythique de la civilisation inca d’où a émergé, selon la légende, le premier souverain de la civilisation andine, offre une vision dramatique aux habitants de la région d’altitude. Ses eaux troubles et souillées sont aujourd’hui contaminées au plomb et par toutes sortes de résidus.

Une vision apocalyptique bien loin de l’image d’Épinal recherchée par les touristes, qui chaque année, se rendent aux abords du lac navigable le plus haut du monde, à près de 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer. 750 000 visiteurs environs qui se rendent compte que la surface bleutée faisant écho au ciel limpide de l’Altiplano a perdu de sa superbe, et que la faune et la flore subissent directement les conséquences de cette pollution désastreuse.

Des milliers de grenouilles géantes ont ainsi été retrouvées sans vie sur les rives du Titicaca, une alerte éloquente sur la mauvaise santé de cette zone écologique pourtant précieuse, les autorités ont promis de résoudre le problème depuis deux décennies, mais jusqu’à présent, rien de vraiment effectif qui puisse consoler les habitants et les écologistes. Si l’on prend l’exemple de la ville de Juliaca, où transitent les touristes internationaux au Pérou, 200 tonnes de déchets quotidiens sont déversées en grande partie dans une rivière qui s’écoule dans le Titicaca, le lac devient un réceptacle à déchets, bien qu’il soit l’une des réserves d’eau douce la plus importante en Amérique du Sud !

Les habitants de la région se plaignent non seulement de la saleté et de la puanteur produite par cette pollution massive, mais s’inquiète aussi de la pollution engendrée sur la flore et la faune.

L’autre source de pollution provient également des activités « extractivistes » des mines d’or situées à 100 kilomètres en amont, où des milliers de mineurs informels utilisent jusqu’à 15 tonnes de mercure par an pour purifier le métal d’or, des déchets toxiques qui finissent par atterrir dans le Titicaca.

Deux recherches scientifiques menées en 2005 et en 2014 ont montré que certains poissons du Titicaca sont contaminés au mercure et à d’autres métaux nocifs, autant dire qu’ils deviennent dangereux pour la santé humaine en cas de consommation alimentaire.

Dans une étude récente, Mario Monroy, docteur en écotoxicologie à l’Université de Barcelone, a fait mention de niveaux de mercure, de cadmium, de zinc et de cuivre bien au-dessus des normes autorisées, quatre types de poissons qui font pourtant partie du régime alimentaire de la population locale, un indicateur fiable du mauvais état écologique du lac.

L’ingestion indirecte de ces métaux lourds par l’homme peut causer de l’anémie, des maux de tête, des problèmes intestinaux, de l’ostéoporose, entre autres. Et bien que la recherche ait été sollicitée et diffusée par la précédente administration du Pérou (le président Ollanta Humala), les natifs sont formels, ils affirment de pas avoir été informés de la dangerosité à consommer des aliments contaminés au plomb, des propos qui n’arrangent pas vraiment le gouvernement de l’actuel président Pedro Pablo Kuczynski.

En Bolivie, le président Evo Morales a promis l’investissement de 85 millions de dollars pour assainir le lac du côté bolivien, mais dans les faits rien ne semble être fait, ce qui a le don d’agacer les paysans locaux qui voient un bien précieux souillé menaçant leur activité.

Des institutions scientifiques en Bolivie et au Pérou ont soumis en novembre 2016 un mémorandum d’accords sur des projets communs entre le Pérou et la Bolivie concernant la gestion du lac Titicaca.

Le mémorandum sera accompagné d’un plan pour mettre en œuvre des projets, parmi lesquels une expédition scientifique pour évaluer les ressources halieutiques de Titicaca, le repeuplement des espèces indigènes et la conservation de celles-ci. L’objectif principal est la construction ou l’amélioration d’au moins 13 usines de gestion des déchets situées à proximité de la ressource naturelle.

Des études scientifiques soulignent que les principaux facteurs de pollution du lac sont les eaux domestiques et industrielles rejetées par les municipalités frontalières, mais surtout celles de la ville d’El Alto. L’année dernière, une étude a mis en garde contre le déclin d’espèces endémiques à la zone lacustre.

Le lac Titicaca a souffert ces dernières années d’un certain nombre d’effets liés à la pollution qui ont affecté son environnement naturel et la biodiversité du lieu.

Le gouvernement national bolivien a signé le 27 octobre dernier, un prêt de 77 millions $ avec la Banque interaméricaine de développement (BID) et une convention de subvention de 8 millions $ avec l’Union européenne (UE), l’argent sera utilisé pour des projets d’assainissement du Titicaca. Le président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski, a annoncé des plans pour construire dix usines de traitement des eaux usées afin de réduire et de mettre fin à la pollution du lac Titicaca.

Le projet impliquera un investissement de 437 millions, il sera réalisé en collaboration avec une participation privée dans le cadre d’une concession de 30 ans.

La presse péruvienne révèle que l’équivalent de 2 500 piscines olympiques remplies d’eaux usées se déverse chaque année à l’entrée du Titicaca, rien que depuis la baie de Puno, autant dire que la charge des experts est lourde pour redonner l’éclat et la pureté des eaux du berceau lacustre de la plus flamboyante civilisation précolombienne du continent sud-américain !