La Direction culturelle de La Libertad a rapporté qu’environ 18 tonnes de déchets et de boue laissés par les glissements de terrain à Trujillo, ont été retirées avant-hier par des camions-bennes au sein du complexe archéologique de Chan Chan. Ces déchets ont été produits, entre autres, par les inondations subies au Pérou ces derniers jours accompagnées de coulées de boue, mais certains ont surtout jugé bon de déposer ces tas ordures sur ce lieu historique.

La Directrice à la Culture, María Córdova, a avisé les municipalités de Trujillo et de Víctor Larco, ainsi que le gouvernement régional, que les conducteurs de ces camions-poubelles prétendaient avoir des instructions les incitant à déposer leurs ordures sur différentes zones de Chan Chan, des actions qui contredisent évidemment les ordres des autorités gouvernementales dont l’objectif est de protéger ce patrimoine d’exception remontant à l’époque précolombienne. La cité de Chan Chan est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1986, le site est considéré à juste titre comme l’une des grandes merveilles de l’archéologie andine.

À cet égard, le maire de la province de Trujillo, Elidio Espinoza Quispe, a déclaré que l’institution de la culture a envoyé une plainte à la municipalité avec des photos de camions de la Segat (service de la propreté de la ville de Trujillo) au bon moment où ils déchargeaient de grandes quantités de déchets à proximité du site archéologique.

« Nous avons des photos avec les plaques des deux véhicules, donc nous allons voir cela avec les conducteurs irresponsables », a déclaré le maire pour se défendre de cette pollution. Pour sa part, la directrice régionale de la Culture, María Elena Córdova Burga, a affirmé que des opérations de nettoyage sont organisées régulièrement sur la zone, mais visiblement, les incivilités se poursuivent d’où son appel à la police et aux autorités régionales pour accentuer la surveillance sur ce secteur impacté.

Il convient de noter que la DDC (Direction décentralisée à la culture) à La Libertad effectue des patrouilles pour surveiller les alentours du complexe archéologique de Chan Chan pour éviter que la zone revêt à nouveau des allures de décharge publique. Cette mobilisation pour la propreté intervient alors que depuis hier, lundi 27 mars, l’activité touristique a repris sur l’enceinte Nik An, et au musée du site du complexe archéologique Chan Chan, les lieux n’étaient plus accessibles en raison des fortes pluies que se sont abattues ces derniers temps sur la région.

La fonctionnaire a affirmé que, grâce à un travail de prévention menée sur le site de Chan Chan au cours des années 2014 et 2015 (qui a nécessité un investissement de 4 millions de soles), le complexe est protégé des précipitations intenses pouvant nuire à la structure, en ce moment, rappelons-le, une grande partie du Pérou est confronté aux pires intempéries enregistrées ces dernières années.

Divers sites archéologiques du pays ont été protégés en 2014 et 2015, par le programme ENSO mis en œuvre par l’État contre les pluies et les glissements de terrain qui pourraient les affecter.

En conséquence, les dégâts ont été minimes sur les infrastructures historiques, comme celle de Chan Chan, qui fort heureusement n’a pas été affectée par les pluies constantes qui menacent cette région.  En effet, les constructions en terre de la cité, ainsi que les conditions environnementales, y compris les conditions climatiques extrêmes causées par le phénomène El Niño (engendrant une très forte humidité), augmentent le risque de délabrement et de détérioration du site archéologique, d’où les travaux menés par le gouvernement péruvien pour protéger au mieux les traces de cette culture ancienne.

Chan Chan, ancienne capitale du royaume Chimú, a vécu son apogée au XVe siècle peu avant de succomber à la puissance Inca, l’ancienne capitale a été établie dans la vallée fluviale autrefois fertile de Moche ou Santa Catalina. Les vestiges de cette cité précolombienne, pré-inca, témoignent d’une organisation politique et sociale rigoureuse matérialisée par le cloisonnement en neuf ‘citadelles’ ou ‘palais’ comme autant d’unités autonomes.

La valeur universelle de Chan Chan s’appuie sur l’importance des vestiges de cette ville immense, hiérarchisée dans sa planification, avec ses aspects agricoles et sa bonne maitrise de l’irrigation pour subvenir à ses besoins en eau.

Chan Chan construite vers 1300 est la plus grande ville précolombienne des Amériques et la plus vaste cité en adobe au monde. À l’apogée de l’empire Chimú, on estime qu’elle rassemblait 60 000 personnes.

(vidéo du 20/03/2017)