Il s’appelle Rodrigo Tot, il est guatémaltèque et est âgé de 60 ans, il vient de remporter le prestigieux prix environnemental Goldman récompensant son combat opiniâtre et tenace contre l’exploitation minière de nickel à Izabal (département de l’est du pays), région où il a grandi.

« Je me sens heureux, mais je ressens la même chose en tant que chef de ma communauté », a répondu l’introverti leader indigène aux journalistes l’interrogeant sur ce prix, à l’occasion de cette reconnaissance, il a surtout évoqué les pressions et les menaces d’extorsion de fonds contre sa famille, une épée de Damoclès qui pèse sur sa tête de façon constante, mais qui ne l’intimide pas dans sa lutte pour le bien de sa communauté.

Cet homme est un combattant, il était encore un enfant lorsqu’il a perdu ses parents, il est alors parti vivre avec des proches à Agua Caliente, à l’âge de 12 ans, il y a grandi avant de devenir le leader de sa communauté Q’eqchi en 2002.

Le q’eqchi’ (anciennement kekchi) est une langue maya parlée par environ 500 000 locuteurs, principalement au Guatemala et au Belize, les Q’eqchi’ forment la deuxième communauté maya, en importance, du pays.

Depuis lors, il lutte pour faire reconnaître les droits des natifs, il a ordonné au gouvernement de délivrer des titres de propriété pour le peuple Q’eqchi et a empêché une entreprise minière destructrice de gagner du terrain vers sa communauté à des fins d’exploitation du nickel.

Taciturne, mais néanmoins efficace dans son discours, Tot qui a appris à parler espagnol en écoutant les autres, a rappelé pendant son allocution comment des représentants du gouvernement et des responsables de la société Hudbay Minerals, opérant sur la mine Fénix, n’ont jamais consulté sa communauté, n’ont même jamais échangé un mot avec les habitants, s’installant dans la région en terres conquises, et commençant à travailler à la stupéfaction des locaux. Mais grâce à une petite organisation de défense des droits de l’homme , un recours devant la Justice a été déposé, le Tribunal de la Cour Constitutionnelle du Guatemala a alors reconnu le droit à la propriété collective du peuple, dès lors un bras de fer s’est instauré autour de titres de propriété.

La communauté a commencé un combat il y a 43 ans pour exiger que l’État guatémaltèque rende les titres de propriété à Tot et 63 autres paysans qui les avaient perdus bien qu’ils aient payé pour en être titulaires. Son sol est riche en or et de nickel a en effet attisé toutes les convoitises, le 18 mars la Commission interaméricaine des droits de l’homme a accepté une plainte déposée par Tot dans lequel il accuse l’État du Guatemala de violer les droits de propriété collective sur les terres et les ressources naturelles, mais aussi le droit à l’autodétermination et à l’autonomie gouvernementale des peuples autochtones.

L’affaire est actuellement en cours d’examen sur une base accélérée à la Commission interaméricaine des droits de l’homme.

La Fondation Goldman a salué le « leadership audacieux de son peuple et la défense de leurs terres ancestrales » en dépit des pertes, y compris humaines, le leader indigène a perdu son fils, lâchement assassiné il y a cinq ans. En octobre 2012, son fils a été tué lors d’un assaut sur un bus et Tot a estimé que le crime était une stratégie d’intimidation pour faire taire leurs demandes.

« Jamais je ne vais oublier la perte de mon fils, mais je suis toujours là pour me battre », a-t-il ajouté, une pugnacité témoignant de sa détermination dans son combat pour le respect de ses terres.

La CIDH a ordonné des mesures de précaution pour protéger Tot et son avocat en 2012, une protection que l’État guatémaltèque n’a pas fourni. Cependant, Tot s’appuie, comme il le précise, sur le soutien de sa communauté qui lui permet de faire face à la peur.

Le pasteur évangélique et chef indigène q’eqchi a confié avec humilité que ce prix ne changeait rien. « Je me sens heureux, mais je me sens aussi le même chef et le même homme. Je pense que ce sera un stimulant pour le travail que nous réalisons, mais je suis calme » en ajoutant que ce prix est celui de la lutte menée pour le droit à la terre et à aux ressources naturelles.

L’Amérique latine est la région la plus dangereuse pour les militants écologistes, plus de 570 individus ont été tués entre 2010 et 2015, selon l’organisation Global Witness basée à Londres.

En mars 2016, la militante du Honduras Berta Cáceres a reçu le prix Goldman, elle a été tuée dans sa maison en janvier 2017, le même destin tragique a concerné le Mexicain Isidro Baldenegro inconnu, lui aussi récompensé pour son activisme environnemental.

Le Lac Izabal, le plus grand lac au Guatemala, et les terres environnantes à El Estor, sont un lieu d’une importance vitale pour la communauté indigène q’eqchi. En tant que descendants des anciens Mayas, les Q’eqchi fondent leur mode de vie sur l’agriculture et la pêche. Ancestralement, ils ont défendu leur territoire contre les conquérants espagnols au XVIe siècle, des centaines d’années plus tard, ils se battent pour leur terre une fois de plus, cette fois contre leur propre gouvernement et les entreprises multinationales intéressées par l’exploitation des gisements de nickel sur leurs terres.