Un groupe d’experts de l’ONU (composé par Alda Facio, Dainius Pras, Dubravka imonovi) a lancé un appel au Congrès salvadorien afin qu’il saisisse une « opportunité exceptionnelle » en faveur des droits des femmes et des filles dans ce pays d’Amérique centrale en permettant la dépénalisation de l’avortement dans des cas spécifiques.

« Nous soutenons avec force la proposition de réforme actuellement à l’étude par le Congrès salvadorien pour permettre l’avortement quand il implique un risque pour la vie des femmes, quand il est le résultat d’un viol ou lorsque le fœtus n’est pas viable », des propos tenus par les membres de l’ONU dans un communiqué.

« Nous exhortons les législateurs pour qu’ils saisissent cette occasion unique afin d’aborder un tournant dans l’histoire des droits des femmes dans le pays », ont également souligné les spécialistes.
Rappelons qu’à l’heure actuelle, l’interdiction totale de l’interruption de la grossesse est en vigueur au Salvador, une législation contraire aux normes internationales des droits humains qui viole les obligations internationales, ce qui a été source de préoccupation pour les mécanismes des droits de l’homme.

« Cela positionne le Salvador comme l’un des rares pays qui criminalise l’avortement subi par les femmes en toutes circonstances, même si votre vie est en danger, en cas de viol ou d’inceste ou même si le fœtus n’est pas viable. Et parfois, même quand la femme a subi un avortement spontané », indiquent les membres des Nations Unies.

Dans de telles circonstances, en raison de la menace de sanction pénale, les femmes et les filles ont peur d’avoir recours à des soins médicaux quand elles souffrent de complications liées à la grossesse.

Par ailleurs, paradoxalement, les experts ont souligné que la criminalisation de l’avortement ne réduit pas le taux d’avortement, comme en témoignent les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), néanmoins le nombre de femmes qui cherchent des solutions clandestines et dangereuses pour mettre fin à une grossesse explose.
Beaucoup de femmes ont été poursuivies pour avoir avorté, certaines accusées d’assassinat aggravé purgent des peines de prison allant jusqu’à 40 ans.

« Les plus touchées sont presque toujours les femmes qui vivent dans la pauvreté et ont peu de moyens pour obtenir une défense juridique adéquate », ont ajouté les experts précisant leur détermination « nous réitérons notre appel à examiner les jugements contre toutes les femmes qui purgent actuellement des peines de prison pour des charges liées à l’avortement en vue de leur libération ».

À l’heure actuelle, le Congrès débat sur les possibilités de décriminaliser l’avortement, une initiative lancée en octobre dernier par la présidente de l’Assemblée nationale, Lorena Peña. Le parti au pouvoir Farabundo Martí de libération nationale (FMLN) a proposé la dépénalisation de l’avortement thérapeutique en cas de viol, alors que l’opposition propose de prolonger les peines jusqu’à l’âge de 50 en cas d’avortement, une peine équivalente à celle d’homicide aggravé.

L’avortement au Salvador est totalement criminalisé depuis 1998, même si la grossesse résulte d’un viol ou d’inceste ou encore lorsque la vie de la femme enceinte ou du fœtus est en danger. Le Salvador, le Chili, le Nicaragua, le Honduras, Haïti, le Suriname, Andorre et Malte sont les seuls pays du monde qui maintiennent une interdiction légale totale de l’avortement.
« L’interdiction totale de l’avortement n’est rien de plus qu’une forme de torture qui, chaque jour, met la vie de millions de femmes et de filles en danger », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice pour les Amériques d’Amnesty International dans un communiqué.

La révision de la loi propose d’ajouter l’amendement 133-A, ne punissant plus le recours à l’avortement quand il se justifie pour préserver l’intégrité physique de la future mère, lorsque la grossesse est le résultat d’un viol ou inceste ou si le fœtus n’est pas viable.
La question de la de dépénalisation de l’avortement, même pour des raisons médicales, a généré historiquement des points de vue contradictoires entre ceux qui y sont favorables et ceux qui s’y opposent farouchement.
Actuellement, la Constitution établit la défense de la vie dès la conception alors que des statistiques officielles indiquent que 1 grossesse sur 3 concerne des adolescentes, et dans beaucoup de ces cas, ces grossesses font suite à des viols.

Les femmes qui avortent clandestinement encourent une peine de huit ans de prison au Salvador, elle peut aller jusqu’à 40 ans de prison si l’avortement est considéré comme un assassinat aggravé.