La directrice du Projet spécial relatif au complexe archéologique du site précolombien Chan Chan, María Elena Córdova Burga, a rapporté la découverte fin septembre de quatre figurines en bois et d’une tombe intacte sur le site archéologique situé à Trujillo (région La Libertad).

Ce sont des statuettes d’environ 70 centimètres de haut et de 20 centimètres de large portant des masques funéraires; en outre, l’une des figurines porte un récipient à hauteur de la poitrine. Les chercheurs péruviens indiquent que les figurines représentent des personnages masculins et féminins, il s’agit assurément de tombes appartenant à des personnalités de premier plan. Ces mises au jour ont abouti après 10 mois de fouilles, la directrice du secteur culturel de La Libertad a déclaré que ces nouvelles découvertes représentent un indicateur différent de ce que l’on connaissait jusqu’à présent sur la culture Chimú.

Elle a souligné que cette nouvelle découverte est « très importante et précieuse » parce que les sépultures ont été retrouvées intactes et permettront de fournir des informations essentielles sur les personnages retrouvés sur ce complexe archéologique.

« L’important cette fois c’est que nous avons retrouvé des sculptures, des poteries et des métiers à tisser et des traces d’escargots de mer au même endroit, c’est pourquoi nous pouvons savoir qu’elles ont été utilisées comme éléments de sépultures appartenant à des personnes importantes », a déclaré l’archéologue.

L’une de ces statuettes a été trouvée dans une tombe intacte dans le secteur nord de la plate-forme. Les autres à l’ouest et au sud, l’une d’entre elles est très détériorée. L’état de conservation de la première sculpture est bon, six navires en poterie ont été mis au jour sur la première couche du contexte funéraire. En dessous de ces éléments, on a trouvé des restes osseux d’un probable « dignitaire » Chimú.

Les sculptures pèsent entre sept et huit kilos (chacune) avec des motifs décorés en rouge, crème ou orange sur le visage et elles auraient été sculptées dans des arbres de caroubiers ou de lúcumo en provenance de la côte péruvienne, a déclaré Alejandra Rengifo, responsable de la conservation du projet Chayhuac An Nord. Les figurines en bois ont été transférées vers des laboratoires afin qu’elles soient nettoyer de façon superficielle, puis un travail de conservation définitif sera fait pour les protéger de certains matériaux qui accélèrent le processus de détérioration du bois.

En ce qui concerne les objets retrouvés sur zone, il y  a des pièces métalliques et céramiques, des tissus en coton tissé, mais aussi des matières organiques ainsi que des outils abondants pour la production de textiles. Il y a beaucoup de spondylus récupérés (objets utilisés pour des rituels et / ou des offrandes) qui nécessitent un processus de conservation préventif.

Cordova Burga a déclaré que cette découverte a été faite dans le cadre du projet de recherche mené sur le Complexe archéologique de Chan Chan, auquel participaient 140 personnes, dont des archéologues, des défenseurs de l’environnement et des travailleurs agricoles. La découverte a été faite il y a quelques jours sur le côté nord du complexe fortifié de Chayhuac An, l’un des neuf groupes architecturaux de la ville en adobe près de la ville de Trujillo, sur la côte nord du Pérou, à 570 kilomètres de la capitale Lima.

Chan Chan était le grand centre administratif, religieux et politique de l’empire Chimu (850 à 1470) qui, selon diverses études, pouvait accueillir jusqu’à 35 000 habitants. L’UNESCO l’a déclaré patrimoine culturel mondial en 1986. L’ancienne ville s’étendait sur 20 kilomètres carrés.

Le site est considéré à juste titre comme l’une des grandes merveilles de l’archéologie andine Chan Chan construite vers 1300 est la plus grande ville précolombienne des Amériques et la plus vaste cité en adobe au monde. À l’apogée de l’empire Chimú, on estime qu’elle rassemblait 60 000 personnes, établie dans la vallée fluviale jadis fertile de Moche ou Santa Catalina, elle renfermait alors quantité d’or, d’argent et de poteries. Le royaume Chimú connut son apogée au XVe siècle, peu avant de succomber à la puissance Inca.

La zone monumentale couvre près de six kilomètres carrés au centre de la cité qui s’étendait alors sur vingt kilomètres carrés, elle comporte neuf grandes enceintes rectangulaires (‘citadelles’ ou ‘palais’) délimitées par d’épaisses et hautes murailles en adobe. À l’intérieur de ces unités s’élèvent des bâtiments autour d’espaces libres : des temples, des habitations, des entrepôts, mais aussi des réservoirs et des plateformes funéraires. Les murs en pisé des édifices étaient souvent parés de frises représentant des motifs abstraits et des personnages anthropomorphiques et zoomorphiques.

Autour de ces neuf ensembles étaient aménagés trente-deux enclos semi-monumentaux et quatre secteurs de production dédiés aux activités de tissage, de travail du bois et des métaux. De vastes terres agricoles et les vestiges d’un réseau d’irrigation ont été mis au jour plus au nord, à l’est et à l’ouest de la ville.