Au milieu de l’exode croissant des citoyens vénézuéliens, les Nations Unies ont réclamé pour la première fois aux autres pays de la région d’accueillir ces personnes comme des réfugiés, et non comme des migrants quittant leur pays d’origine pour des raisons économiques.
« Dans ce contexte, ces nouvelles directives du HCR encouragent les États à veiller à ce que les Vénézuéliens aient accès au territoire et aux procédures relatives aux réfugiés », des propos tenus lors de la conférence de presse du 13 mars 2018 au Palais des Nations à Genève par la porte-parole du HCR, Aikaterini Kitidi .

Dans un rapport de trois pages, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) recommande également aux pays qui ont accueilli des Vénézuéliens de ne pas les expulser au vu de la situation tendue dans le pays sud-américain.

Dans le document, intitulé «Note d’orientation sur le flux des Vénézuéliens», l’organisation demande aux pays concernés de garantir la résidence et le droit de travailler pour les Vénézuéliens même s’ils sont entrés illégalement et/ou ne possèdent pas de papiers d’identité.

Ces propos interviennent alors que le pays voisin, la Colombie, où de nombreux Vénézuéliens se rendent pour quitter leur lieu d’origine, a adopté des mesures d’expulsion et a restreint l’entrée sur le territoire.

Le mois dernier, Migración Colombia a commencé à exiger un passeport pour les Vénézuéliens arrivant dans le pays, bien que ce document soit très difficile à obtenir au Venezuela. Des Vénézuéliens récemment arrivés en Colombie se sont également vu refuser des permis de travail, sauf dans des cas exceptionnels.
Selon les autorités colombiennes, avec ces mesures, le nombre de Vénézuéliens qui arrive chaque jour dans le pays a diminué de 30%.

Les orientations du HCR, publiées ce mois-ci, interviennent à un moment où plus d’un million de Vénézuéliens ont abandonné leur pays au milieu d’une profonde crise économique et sociale, d’une hyperinflation et de pénuries alimentaires.
On estime que plus de 600 000 Vénézuéliens sont entrés en Colombie ces dernières années, mais le Pérou, le Chili, le Brésil et l’Argentine ont également accueilli un nombre considérable de migrants en provenance du Venezuela.

Traditionnellement, les groupes qui traversent les frontières internationales en raison du manque de nourriture et d’eau, ou pour des raisons économiques, ne sont pas reconnus comme réfugiés. Mais le HCR suggère que les modalités propres au statut de réfugié soient accordées aux Vénézuéliens.

Dans un communiqué du 13 mars émis depuis Genève, l’organisme des Nations-Unies a signifié par la voix d’Aikaterini Kitidi : « En raison du contexte politique et socio-économique complexe au Venezuela, pays qui accueille traditionnellement des milliers de réfugiés, le nombre de personnes contraintes de quitter leur foyer continue d’augmenter. Le mouvement de ces personnes est fondé sur diverses raisons, y compris l’insécurité et la violence, le manque de nourriture, de médicaments ou d’accès aux services sociaux essentiels, ainsi que la perte de revenus. Bien que tous les Vénézuéliens ne soient pas des réfugiés, il est de plus en plus évident qu’un grand nombre d’entre eux a besoin d’une protection internationale ».

« Le HCR travaille avec les gouvernements pour répondre à la protection et aux besoins fondamentaux des personnes qui quittent le Venezuela. En conséquence, le HCR a élaboré un plan d’intervention régional couvrant 8 pays et la sous-région des Caraïbes. En particulier, le HCR cherche à renforcer les procédures nationales d’asile et d’autres processus de protection internationale, et à intensifier ses activités pour promouvoir une réponse globale, prévisible et harmonisée à la situation difficile que connaît le peuple vénézuélien ».

Le Haut Commissaire aux Réfugiés exhorte les États qui accueillent des ressortissants vénézuéliens à garantir l’accès à leur territoire et à leur donner accès au statut de réfugié, à conclure des accords de séjour légal, tels que l’obtention de visas temporaires ou des permis de résidence, ainsi que d’autres programmes de régularisation garantissant l’accès aux droits de santé, d’éducation, de regroupement familial, entre autres.

Selon l’Agence, l’Amérique latine bénéficie d’accords sur les réfugiés parmi « les plus progressistes » au monde comme la Déclaration de Carthagène de 1984, fondée sur la Convention des Nations Unies de 1951 sur les réfugiés, qui offre une définition plus large du statut de réfugié.
L’organisme considère que les circonstances qui ont conduit au départ des Vénézuéliens seraient dans l’esprit de ladite Déclaration.
« Malgré la réponse généreuse des gouvernements de la région, les communautés d’accueil ont besoin d’un soutien immédiat pour promouvoir la coexistence pacifique et éviter les manifestations de discrimination et de xénophobie face aux pressions croissantes ».

L’Agence continue de travailler avec les gouvernements pour assurer la protection et les besoins fondamentaux des migrants en élaborant un plan d’intervention régional couvrant huit pays et la sous-région des Caraïbes.
Quelque 145 000 Vénézuéliens ont demandé une protection internationale entre 2014 et début mars 2018, principalement dans les Amériques, ce qui représente une augmentation de 2 000%, a rapporté l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés. La porte-parole d’Acnur, Aikatarina Kitidi, a ainsi déclaré :

 « Nous savons que de plus en plus de Vénézuéliens quittent leur pays tous les jours. Selon les estimations conservatrices du gouvernement, plus de 1,5 million de Vénézuéliens vivent actuellement en dehors de leur pays, ce qui signifie que les Amériques font face à l’un des plus grands exils depuis la création du HCR en 1950 », a indiqué le porte-parole.

La porte-parole a noté que « des centaines de milliers de Vénézuéliens n’ont pas de papiers ou de permis pour rester légalement dans d’autres pays », ce qui les rend particulièrement vulnérables « à l’exploitation, la traite des êtres humains, la violence, et xénophobie ».
L’agence des Nations Unies demande aux pays qui accueillent les Vénézuéliens d’adopter des mesures alternatives pour permettre leur séjour légal et leur accès aux droits fondamentaux « Compte tenu de la situation au Venezuela, il est essentiel que les personnes ne soient pas refoulées ou renvoyées de force dans leur pays », a affirmé Mme. Kitidi.

Le HCR a élaboré un plan d’intervention régional qui nécessite 46 millions de dollars et couvre huit pays d’Amérique latine et des Caraïbes, dont le Brésil, le Costa Rica, le Mexique, l’Équateur, le Panama, le Pérou, la Colombie, Trinité-et-Tobago et le Guyana.

« Nous sommes prêts à aider les autorités dans l’éventualité d’une augmentation du nombre de Vénézuéliens qui fuient, anticiper est l’une des principales activités du HCR, nous avons des équipes au Siège prêtes à être déployées ».

(Vidéo du 8 mars 2018)