L’Histoire précolombienne recèle encore de nombreux trésors archéologiques, et le dernier site ancien passé au peigne fin au Pérou vient de révéler aux scientifiques un lieu aussi exceptionnel que macabre.

En effet, un témoignage d’exception de la culture chimu dévoilé par le National Geographic en exclusivité a été mis au jour, et il s’agit à l’heure actuelle du plus grand site sacrificiel au monde concernant des enfants.

Ainsi les dépouilles de 140 enfants âgés de 5 à 14 ans et de 200 lamas de moins de neuf mois ont pu quitter l’oubli séculaire grâce à des fouilles qui ont été effectuées entre 2011 et 2016 dans un quartier de pêcheurs près de la plage de Huanchaco, fréquenté par les surfeurs internationaux.

Gabriel Prieto, professeur péruvien d’archéologie à l’Université nationale de Trujillo qui dirige le projet conjointement avec l’anthropologue et physicien américain John Verano (de l’Université de Tulane) a révélé ce sacrifice à haute échelle d’enfants et de jeunes adolescents.  Cette pratique rituelle mortifère basée sur les offrandes faites aux divinités aurait pu avoir lieu, selon les experts, pendant la présence du phénomène climatique connu sous le nom d’El Niño caractérisé par le réchauffement des eaux océaniques qui provoque de fortes pluies, des inondations, et de fait de nombreux dégâts sur les structures, et les cultures entre autres.

Des preuves de la présence d‘El Niño ont été documentées dès 1500 ans avant Jésus-Christ précisément dans les vallées côtières de la zone nord actuelle du Pérou. En 2017, ce phénomène a coûté la vie à une centaine de morts sur la côte nord du Pérou.

C’est dans ce contexte que ce sacrifice massif aurait eu lieu, un « moyen d’apaiser les dieux », en conduisant les mineurs vers la cité de Chan Chan, à 1,5 km de là, à cet endroit ouvert donnant sur la mer, « peut-être une façon d’honorer la divinité de la mer » en procédant à ces sacrifices humains, a déclaré Prieto.

Les chercheurs ont soumis les ossements et les objets retrouvés sur le site à plus de 20 tests au radiocarbone et « toutes les dates sont concordantes, cela correspond à la période 1400 et 1450 », a ajouté le spécialiste péruvien.

L’événement s’est produit dans une zone d’influence de l’empire Chimú, qui dominait presque la moitié de la côte péruvienne actuelle, au 15e siècle, avant que les Incas n’imposent leur domination.

Jusqu’à présent, les scientifiques pensaient que le plus grand sacrifice de masse d’enfants avait eu lieu dans la capitale aztèque de Tenochtitlán (actuelle ville de Mexico), où les restes de 42 enfants avaient été trouvés.

Les enfants péruviens assassinés ont été enterrés face à la mer, tandis que les dépouilles des lamas étaient placées dans la direction opposée, c’est-à-dire vers les Andes.

L’anthropologue John Summer a analysé les os des enfants et a informé de la présence d’une entaille au niveau du sternum probablement faite avec un couteau cérémoniel en métal. S’ils avaient survécu, « l’os se serait régénéré, mais cela ne s’est pas produit, la mort s’en est suivi, c’est une preuve que les enfants ont été sacrifiés », a souligné Prieto. La poitrine des victimes a été ouverte et les côtes disloquées, probablement pour faciliter le retrait du cœur, un organe sanguinolent offert aux dieux pour obtenir leur mansuétude.

Les visages des petites victimes ont été par ailleurs enduits avec une substance contenant du cinabre rouge utilisé lors des exécutions rituelles, l’incision au niveau du sternum était effectuée pour que les prêtres puissent extraire le cœur.

Les scientifiques continueront à essayer de définir pourquoi les enfants ont été massacrés, mais en l’absence d’une nouvelle théorie, ces sacrifices continueront à être attribués au phénomène des pluies abondantes destructrices et au besoin impérieux dès lors d’implorer la clémence des dieux.

« Ils ont peut-être offert ce qu’ils possédaient de plus précieux dans leur société, surtout pour leur futur, les enfants et les lamas qui étaient des animaux très importants dans leur économie, car à cette époque il n’y avait pas de chevaux ou autres bêtes de somme », a déclaré Prieto.

Jeffrey Quilter, directeur du Peabody Museum de l’Université de Harvard, a déclaré : « Pour autant que je sache, il s’agit en fait du plus grand sacrifice rituel d’enfants prouvé d’une façon archéologique … Cette découverte fournit des preuves concrètes que des sacrifices d’enfants à grande échelle ont eu lieu dans l’ancien Pérou ».

Quilter étudie l’ADN des dépouilles pour voir si certains des enfants étaient génétiquement proches. Il étudie également les isotopes stables pour identifier les lieux de l’empire Chimu où ils résidaient avant qu’ils ne soient conduits vers leur dernière demeure.

Selon les chercheurs, d’autres cas de sacrifices humains d’enfants ont été rapportés au Mexique, dans l’ancienne ville de Cártago et même dans les glaciers des Andes, mais rien de comparable en terme numérique.

Prieto affirme que la découverte qui a eu lieu dans un quartier de la côte nord du Pérou montre qu’un site archéologique n’a pas besoin d’être spectaculaire comme le Machu Picchu ou les lignes de Nazca pour abriter des informations précieuses pour l’humanité.

« Ce site entouré de maisons sur une dune de sable peut nous raconter l’un des épisodes les plus horribles et les plus sombres de notre histoire, mais cela fait partie de notre héritage culturel », a-t-il déclaré.

L’endroit où ces restes humains et animaux ont été trouvés est Huanchaquito-Las Llamas, dans le district de Huanchaco (Trujillo), il est localisé à moins d’un kilomètre de la citadelle de Chan Chan.

A cet endroit, connu seulement comme Las Llamas ont été trouvés en 2011 les restes de 42 enfants et de 76 lamas lors d’une fouille d’urgence également menée par Prieto: les villageois avaient averti alors de la présence de restes humains.

« Au moment où les fouilles de Las Llamas ont été achevées en 2016, plus de 140 restes d’enfants et 200 jeunes lamas avaient été découverts sur le site, et la datation au radiocarbone a déterminé que les cordes et les produits textiles trouvés dans le les tombes remontaient à une époque qui pourrait être comprise entre 1400 et 1450 », indique la publication National Geographic.

Près des restes des enfants, trois corps d’adultes – celui d’un homme et de deux femmes – avec des signes de traumatisme crânien ont été retrouvés. L’absence d’objets dans les tombes des adultes a conduit les scientifiques à « penser qu’ils auraient pu jouer un rôle lors des sacrifices et qu’ils ont été tués peu de temps après », apprend-on encore dans les pages de la revue National Geographic.