Quelques heures après avoir été réélu jusqu’en 2025 à la tête du Venezuela, plusieurs pays ont exprimé leur refus de valider l’élection présidentielle qui permet à Nicolas Maduro de se maintenir au pouvoir alors que les principales forces de l’opposition ont été muselées et le processus entaché par de nombreuses irrégularités.

Le gouvernement de Donald Trump a été l’un des premiers à renier les élections de ce dimanche 20 mai, le sous-secrétaire d’État américain, John Sullivan, a déclaré aux journalistes que les États-Unis se devaient de rester objectifs quant à la corruption du régime chaviste.

Les États-Unis envisagent activement d’appliquer des sanctions pétrolières sur le Venezuela pour faire pression et Sullivan a indiqué qu’une réponse au vote de dimanche sera discutée à l’occasion d’une réunion du G20 qui se tient aujourd’hui à Buenos Aires.

Selon les données fournies dimanche soir par le Conseil national électoral, Maduro a obtenu 5,8 millions de voix, tandis que son plus proche candidat, le dissident chaviste, Henri Falcón, a obtenu 1,8 million de voix. Avant même l’annonce officielle des résultats, Henri Falcon, a remis en question ce scrutin présidentiel, faute de « légitimité », et a réclamé la tenue d’une nouvelle élection avant la fin de l’année : « Nous ne reconnaissons pas ce processus électoral, pour nous, il n’y a pas eu d’élection. Une nouvelle élection doit être organisée au Venezuela ».

Nicolás Maduro est ainsi sorti vainqueur des urnes à l’occasion d’une élection marquée par le rejet de l’opposition, 8,6 millions de Vénézuéliens ont voté à partir d’un registre électoral composé de plus de 20 millions de personnes, soit une abstention de près de 60%.

Le responsable américain a qualifié les sanctions pétrolières « d’étape très importante » et a déclaré qu’elles « étaient en cours de révision active ».

Avant de connaître les résultats, le secrétaire d’État, Mike Pompeo, avait tweeté ce qui suit: « Regarder aujourd’hui (ce qui se passe au) #Venezuela. Les élections frauduleuses ne changent rien. Nous avons besoin que le peuple vénézuélien dirige ce pays … une Nation qui a tant à offrir au monde. »

Les États-Unis, le Canada, l’Union européenne (UE) et une douzaine de pays d’Amérique latine ont appuyé la table ronde de l’Unité Démocratique de l’opposition, affirmant qu’ils ne reconnaîtraient pas les résultats de cette élection frauduleuse. Le Chili, le Panama et le Costa Rica ont été les premiers à réaffirmer leur position contre Nicolas Maduro.

Quelques instants après avoir l’annonce des résultats, le Panama a publié sur Twitter une déclaration :

« Le gouvernement de la République du Panama ne reconnaît pas les résultats des élections qui se sont déroulées ce dimanche 20 mai en République bolivarienne du Venezuela, ne considérant pas le processus comme démocratique ou participatif ».

Pour sa part, le ministère des Affaires étrangères du Costa Rica a déclaré dans un communiqué que le processus électoral vénézuélien a présenté des  » lacunes depuis sa genèse et ne répondait pas aux normes internationales d’un processus pluraliste, libre, électoral démocratique et transparent ».

Le ministère des Affaires étrangères du Chili a publié une déclaration dans laquelle il indique explicitement que le gouvernement de Sebastián Piñera « ne reconnaît pas la validité du processus électoral « qui n’a pas toute légitimité » et « ne répond pas aux exigences minimales et nécessaires pour une élection démocratique et transparente, selon les normes internationales ».

Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a critiqué lundi les élections au Venezuela, soulignant que « les normes démocratiques minimales n’ont pas été respectées. »

Dans un message sur Twitter, Rajoy a déclaré que l’Espagne étudiera avec ses partenaires européens « les mesures appropriées et continuera à travailler pour soulager les souffrances des Vénézuéliens ».

Ce jour, les 14 pays du Groupe de Lima ont décrété le rappel de leur ambassadeur réciproque invoquant le fait qu’ils « ne reconnaissent pas la légitimité » de ce scrutin. Le regroupement de pays, dont font partie l’Argentine, le Brésil, le Mexique, la Colombie, le Chili ou encore le Canada, a par ailleurs annoncé dans un communiqué « l’abaissement du niveau de leurs relations diplomatiques avec le Venezuela pour protester contre ce scrutin non conforme aux normes internationales d’un processus électoral transparent et démocratique ».

https://twitter.com/CancilleriaPeru/status/998546319185760256

Des nations proches de Caracas, dont Cuba et le nouveau gouvernement de gauche du Salvador, ont, néanmoins tenu à féliciter Nicolás Maduro pour sa réélection à la tête du pays sud-américain.

La faiblesse de la victoire de celui qui se présente comme le digne hériter d’Hugo Chavez, dans un climat de réprobation internationale et de crise interne sans précédent, n’a en rien apaisé son esprit vindicatif, ainsi à l’annonce du Tribunal électoral, N. Maduro a adressé un discours enthousiaste à ses partisans.

« Nous avons encore gagné, nous avons de nouveau triomphé », a déclaré Maduro se targuant même de son score jamais égalé « Je n’avais jamais gagné auparavant avec 68% des voix ».

En 2017,  des rassemblements quotidiens ont eu lieu dans tout le pays, des milliers de personnes dénonçant les pénuries de nourriture, de médicaments ou d’électricité, une population excédée par les privations dans un pays fragilisé économiquement par la chute du prix du pétrole.

Des manifestations réclamant de départ de Maduro, des mouvements contestataires sévèrement réprimés par les forces de l’ordre, ainsi 125 personnes ont perdu la vie.

75% des Vénézuéliens désapprouvent la politique menée par Maduro, un rejet qui a déjà valu à des milliers de Vénézuliens de fuir le pays au cours de ces derniers mois.