Le temple du Soleil d’Ingapirca, source Wikipédia ( photo Bernard Gagnon)

L’Inti Raymi, dont le nom originel est Inti Raymi Wawa (Fiesta del Niño Sol), a été institué par l’Inca Pachacutec en 1430 et avait pour fonction de célébrer la renaissance du dieu du soleil, marquant ainsi pour la communauté un nouveau cycle annuel. Sa célébration durant la période précolombienne durait 15 jours, des festivités marquées par des danses et des cérémonies, cette célébration témoignait du lien qui unissait la culture inca à la Pachamama, la Terre Mère qui nourrit les hommes, il s’agissait déjà de louer l’importance des travaux agricoles dans ses différentes étapes à savoir de la préparation de la terre au semis jusqu’à la récolte finale.

Selon la tradition ancestrale, il y avait quatre cycles : l’Inti Raymi (le moment le plus important de l’année), le Capac Raymi (le solstice d’hiver), le Pawkar Raymi (en l’honneur du dieu Pachacamac) et le Kulla Raymi (qui marquait le début du cycle agricole).

Les célébrations des solstices et des équinoxes constituaient des moments clés du calendrier inca, explique Marco Velecela, directeur du complexe archéologique d’Ingapirca en Équateur « de tels phénomènes ont été vénérés par différentes cultures à travers l’histoire. » Et l’Équateur n’a pas dérogé à la règle, aujourd’hui encore la célébration de l’Inti Raymi se poursuit parmi les peuples andins.

Ainsi, ce 21 juin 2018, des rituels visant à rendre grâce au soleil et à la terre nourricière, deux symboles de vitalité, ont été donnés dans le canton de Cayambe, situé dans la province de Pichincha, au nord du pays sud-américain, ce en présence du président équatorien, Lenin Moreno, et le maire local, Guillermo Churuchumbi.

Les fonctionnaires présents, ainsi que les étudiants et les représentants du peuple Kichwa Kayambi, ont rejoint la pyramide Puntiatzil, considérée comme un lieu sacré par les peuples autochtones de la région. La scène était décorée de fleurs et de fruits. Les encens ont également été brûlés.

Le chef d’État, accompagné de son épouse Rocío González, était vêtu d’un costume noir, conformément à la tradition, les autorités en présence ont levé la main vers le ciel lors de la cérémonie faisant ainsi le signe d’un acte révérencieux envers l’astre solaire. Ce rituel est le symbole de la gratitude des peuples andins envers la Pachamama, il la remercie pour la bonne production et la récolte des produits traditionnels.

Le président Moreno a fait ce déplacement pour répondre à une invitation de la Municipalité de Cayambe et de la Confédération de Kayambi, dirigée par Agustin Cachipuendo. Dans le cadre du programme officiel, il a été prévu de signer des accords pour le développement du projet d’eau et d’assainissement d’Huasco Machay, un investissement de plusieurs millions.

 » Nous ne permettrons pas que ces connaissances ancestrales soient diluées dans le modernisme, ceux qui ont fait cette vie urbaine oublient parfois l’essentiel (…) il faut transformer la prédation en conservation, l’oubli en mémoire ancestrale, ‘lejenfoutisme’ en solidarité envers les autres », a déclaré Moreno pendant la célébration.

La célébration du soleil et de la récolte du solstice d’été feront l’occasion de festivités dans plusieurs provinces andines de l’Équateur entre le 21 et le 30 juin. Les yachas ou sages des peuples ancestraux remercieront la Pachamama pour les récoltes et la fécondité de la terre. Jenny Ainaguano, une activiste de Pueblo Chibuleo, indique que la fête d’Inty Raymi sera célébrée avec de la musique, de la danse, des foires et des défilés. Les rituels se dérouleront dans les lieux sacrés de chacune des communautés.

Dans les ruines ancestrales d’Ingapirca, des festivités sont organisées du 22 au 24 juin par l’Institut National du Patrimoine Culturel, les communautés et la paroisse GAD, un événement culturel a été préparé pour la Fiesta del Sol.

Sur le site archéologique d’Ingapirca, les anciens habitants précolombiens ont écrasé les grains de mais pour préparer la célèbre chicha, bière de mais fermentée, toute cette tradition se poursuit dans les villages de Cañar et vous pouvez d’ailleurs en savoir plus sur l’histoire millénaire du peuple andin en visitant le musée du site Ingapirca où le guide explique cette tradition en détail.

La chicha était également offerte à cette fête comme une offrande au dieu Soleil, le maïs était alors la base de l’alimentation des peuples andins.
Dans la province de el Cañar, la fête commence avec l’élection de la Ñusta ou Reine du Soleil, de l’Allpa Ñusta ou Reine de la Terre et de la Sara Ñusta ou Reine du Maïs. D’autres activités ont lieu comme des bains de purification et de renouvellement énergétique qui sont dirigés par des chamanes de la région.

En outre, la pampamesa traditionnelle est partagée, un rituel ancestral durant lequel des aliments typiques de la région sont proposés comme le maïs, la pomme de terre, le melloco (tubercule d’Amérique du sud) ou le haricot combinés avec différentes viandes. Ceux-ci sont placés sur une nappe à même le sol.

Ces célébrations coïncident avec les célébrations de San Pedro et San Pablo, imposées par les religieux catholiques pendant la Conquête et la colonisation espagnole.