Mexique, ville de Tijuana

La secrétaire de la Commission d’attention aux groupes vulnérables, la députée María Victoria Mercado Sánchez (du parti MC ou Movimiento Ciudadano ), a mentionné que le Mexique se classait au deuxième rang mondial du tourisme sexuel impliquant des enfants et adolescents, juste derrière la Thaïlande. En outre, il est classé comme source de trafic et destination de la traite des personnes, selon les données de la Commission non lucrative Unidos vs. Trata.

De son côté, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) signale qu’il y a chaque année plus de 600 millions de voyages internationaux, 20% d’entre eux sont liés au tourisme sexuel (dont 3% concernent du tourisme sexuel à caractère pédophile, ce qui signifie qu’au moins trois millions de personnes parcourent le monde à la recherche de relations intimes illégales avec des mineurs).

Mercado Sánchez, a indiqué que la ville mexicaine d’Acapulco est très impactée par le tourisme sexuel, des visiteurs principalement originaires du Canada et des États-Unis s’y rendent pour avoir recours à des actes illégaux y compris avec des mineurs.

Les chiffres font froid dans le dos et témoignent d’un profond laxisme de la part des autorités mexicaines, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, cent enfants mexicains sont recrutés chaque mois pour alimenter les réseaux de trafic sexuel dans des villes comme Cancun, Guadalajara, Tapachula et Tijuana.

Les mineurs soumis à la prostitution ont des rapports contraints avec parfois une trentaine de clients par semaine; dans la plupart des cas les « consommateurs » de ce trafic innommable font partie de réseaux internationaux complexes qui utilisent Internet pour diffuser des informations sur des sites et réseaux sociaux ciblés et attirer ainsi ces prédateurs sexuels en des lieux précis.

« Pour mener à bien leurs activités, il y a eu des cas d’organisations d’exploitation d’enfants qui se cachent derrière des façades apparemment légitimes, telles que des agences de tourisme », a- déclaré la députée María Victoria Mercado Sánchez.

Devant un tel drame humain, elle demande aux institutions de tout mettre en œuvre pour renforcer la sécurité dans le pays et à prévenir le tourisme sexuel infantile.

Les mineurs impliqués dans ce trafic sont souvent touchés par plusieurs maladies infectieuses pour lesquelles ils ne reçoivent pas de traitement. Certains cherchent à sortir de cet enfer en consommant des stupéfiants ou encore en se suicidant d’où l’importance de « s’attaquer rapidement à ce problème qui fait souffrir la société », a-t-elle ajouté.

La ville mexicaine de Tijuana (une ville mexicaine de l’État de Basse-Californie ) est tristement devenue au cours de la dernière décennie le centre de prostitution le plus critique du Mexique, une situation très préoccupante dans la mesure où les travailleuses du sexe ne sont pas seulement des adultes, mais également des enfants.

Après les innombrables homicides enregistrés dans la ville de Tijuana, la traite d êtres humains menée par le crime organisé dans cette région constitue un véritable fléau. L’Organisation des Nations Unies (ONU) alerte sur la situation à Tijuana et à Mexicali, deux noyaux majeurs du trafic d’êtres humains.

Pour sa part, Mariana Alegret, chargée de la coopération internationale à l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (Onudc), a déclaré:

« Le Mexique est un pays d’origine, de destination et de transit des victimes de la traite, cela signifie que beaucoup de personnes exploitées sexuellement à Tijuana sont des Mexicains, car il est devenu courant que les victimes du sud-est du Mexique soient commercialisées au centre du pays avant d’être déplacées au nord« .

En outre, le responsable a déclaré que le tourisme sexuel à Tijuana avait explosé principalement en raison de sa situation géographique, les nord-Américains constituant le principal marché de ce trafic sordide. Alegret a mentionné que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le trafic de personnes fournissant le commerce du sexe à Tijuana est principalement alimenté par des nationaux:

« Il y a des citoyens mexicains qui sont exploités à l’étranger, principalement dans des réseaux allant aux États-Unis, mais c’est surtout la population mexicaine qui est exploitée à l’intérieur du Mexique par les trafiquants de notre pays ».

Entre 2011 et le 6 septembre 2017, le bureau du procureur général de Basse-Californie avait identifié 258 victimes de la traite d’êtres humains, dont la plupart étaient des enfants et des adolescents.

Parmi les victimes de la traite, on estime que 82% sont des femmes et que plus de 50% d’entre elles sont des mineures. Les études montrent régulièrement que, parmi les personnes exploitées par l’industrie du sexe, celles qui prétendent ne pas être contraintes à la prostitution ont connu des problèmes économiques, des abus sexuels, l’absence d’un foyer stable, des dépendances, des maladies mentales et émotionnelles qui les ont amenées à entrer dans cette spirale infernale.

En 2007, une modification du Code pénal fédéral a été adoptée pour caractériser les crimes d’exploitation sexuelle contre des mineurs et le tourisme sexuel en particulier.

« Au Mexique, l’impunité est totale. Nous ne connaissons aucune condamnation tourisme sexuel dans le pays », lançait il y a dix ans Raquel Pastor, fondatrice de l’association civile « Infancia Común ». La réforme envisage des peines pouvant aller jusqu’à 14 ans pour les clients qui achètent les services sexuels d’un mineur et pour tous ceux qui ont réalisé des bénéfices dans l’entreprise.

Le problème est que la loi a rarement été mise en pratique, ont déclaré des représentants d’organisations non gouvernementales.

« Les étrangers viennent ici précisément parce qu’ils savent qu’ils ont très peu de possibilités de poursuites et que les touristes arrêtés se comptent sur les doigts de la main », affirmait Elena Azaola, experte au Centre de recherche sociale et d’anthropologie en 2009. « Je pense que les autorités ne sont pas disposées à enquêter », ajoutait-elle alors, une situation qui ne fait que se dégrader.

Les principaux sites d’exploitation sexuelle sur le territoire national sont Mexico, où il existe environ 13 corridors d’exploitation sexuelle; l’État de Mexico, la Basse-Californie, Puebla, Oaxaca, Tlaxcala et Chiapas, selon les données du PGR, Procuraduría General de la República.

Le plus grand nombre d’enquêtes préliminaires concernant ces infractions ont été engagées à Puebla, Chiapas, Mexico, Oaxaca, et Basse-Californie et dans l’État de Mexico, avec 87 plaintes déposées au niveau fédéral, seulement sept jugements ont été rendus, ce qui représente 92% d’impunité.

À ce problème s’ajoute le fait que le Mexique ne dispose pas de données spécifiques sur l’exploitation sexuelle, étant donné que ses statistiques ne sont pas mises à jour et que la situation n’est pas complète selon le Comité des droits de l’homme des Nations Unies.

La député Rojas Martínez a ajouté que, selon la Coalition régionale contre le trafic des femmes et des filles en Amérique latine et dans les Caraïbes, 26% des femmes victimes de ces crimes sont des mineures; 70% sont d’origine autochtone; 96% des victimes sont confrontées  à des formes d’exploitation sexuelle; et 40% ont été confrontées à cette exploitation sexuelle avant l’âge de 18 ans.