Des femmes waorani revendiquant leurs droits

En Équateur, un tribunal de Pastaza (province d’Orellana, bassin de l’Amazone) a rendu vendredi une décision historique en faveur de la communauté autochtone Waorani, la justice a exigé la cessation d’une enchère sur une zone pétrolifère, car aucune consultation préalable n’a été correctement organisée, ce qui est contraire à la loi. En effet, d’après l’article 6[2] de la Convention n°169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), les gouvernements ayant adopté ce traité ont une obligation de consultation préalable et de mise en place de moyens en faveur des populations indigènes potentiellement impactées par des projets d’exploitation de ressources naturelles.

Les peuples autochtones s’opposent à l’exploitation pétrolière et minière, car ils la considèrent comme une menace pour leur mode de vie, leurs traditions, au contraire ils pensent qu’il faut préserver la Terre-Mère, source de vie, celle qui nourrit les Hommes. Chasseurs de tradition, les Waorani se considèrent comme les gardiens de la forêt, or les principaux champs pétroliers équatoriens sont situés en Amazonie, précisément sur cette zone qui regroupe le plus grand nombre de tribus autochtones.

Selon un message Twitter de Resistencia Waorani, en 2011, les blocs de pétrole en Amazonie équatorienne couvraient 76% de la superficie totale des territoires de sept groupes autochtones et affectaient la mobilité de groupes isolés (refusant tout contact avec le monde extérieur) tels que les Tagaeri et Taromenane.

Un jugement historique en faveur des droits indigènes et de la préservation de leurs territoires

L’État équatorien a garanti le droit des peuples indigènes à évoluer sur leurs territoires ancestraux, à se développer et à renforcer leur identité et leurs traditions sans être menacés d’expulsion. La Constitution dans son article 57 mentionne pour la première fois les peuples indigènes qui ont fait le choix de rester isolés :

« les territoires des peuples en situation d’isolement volontaire sont ancestraux, irréductibles et intangibles, à ce titre toute forme de prospection y est interdite. L’État adoptera des mesures pour garantir leur vie, pour faire respecter leur autodétermination et leur volonté de rester isolés tout en veillant à la stricte observation de leurs droits. La violation de ses droits constituerait un délit ethnocide qui sera puni par la loi ».

Dans ce cas précis, la communauté autochtone avait demandé au tribunal de prendre une mesure de protection contre l’exploitation pétrolière dans le bloc 22, dans le cadre d’un appel d’offres lancé par le ministère de l’Énergie et des Hydrocarbures.

« Ce tribunal constate qu’il y a violation du droit constitutionnel à une consultation préalable, libre et informée, et accepte donc l’action de protection des communautés appartenant à la nationalité waorani de Pastaza », des propos qui ont été tenus par la juge Pilar Araujo dans sa sentence.

Le juge a ainsi reconnu la violation du droit de consultation préalable et, par conséquent, le ministère doit procéder à une telle consultation avant de procéder à l’appel d’offres.

L’acteur américain Leonardo DiCaprio se félicite de la décision de justice

Leonardo DiCaprio, le célèbre acteur hollywoodien, s’est joint à la bataille juridique des Waoranis. Le 25 avril, dans un message sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook, il les a félicités pour leur victoire.

« Le peuple Waorani a remporté une victoire légale pour protéger les forêts tropicales contre le forage pétrolier et a créé un précédent historique pour les droits des autochtones », tels sont les mots de la célèbre vedette du film « Titanic » impliquée dans la préservation de l’environnement.

« C’est un triomphe pour tous les peuples autochtones de l’Équateur et du monde. C’est une victoire pour les Waorani, les Shuar, les Achuar, les Kichwas, les Shiwiar, les Sapara, les Andwa et toutes les communautés de l’Amazone du centre-sud qui défendent leur territoire », ont souligné des groupes de résistance Waorani.

Cette décision de justice devrait permettre de protéger quelque 200 000 hectares de forêt tropicale contre l’extraction pétrolière. Memo Yahuiga Ahua Api, l’un des plaignants les plus âgés, a déclaré devant le tribunal provincial de Pastaza :

« Mes ancêtres ont défendu la forêt avec des lances lorsque des envahisseurs sont entrés, mes ancêtres ont été tués avec des lances. Je suis venu avec des mots »

Leader Waorani, Memo Yahuiga Ahua Api

Il a ajouté qu’en 2012, des représentants du gouvernement (de Rafael Correa) avaient fait un bref déplacement dans la forêt pour leur offrir des soins de santé, une éducation, un logement, mais « nous n’avons jamais su qu’ils voulaient exploiter le pétrole. Notre territoire est en bonne santé, il n’y a pas de pollution. Nous, Pikenanis (sages waorani), ne vendrons jamais notre territoire aux compagnies pétrolières. Nous voulons bien vivre sur notre territoire ».

Dans ce pays sud-américain, l’exploitation du pétrole a commencé en 1970, il s’agit du principal produit d’exportation de l’Équateur, ce secteur fournit environ 31% des recettes totales du pays, mais les communautés vivant à proximité de ces lieux de forage condamnent régulièrement les effets négatifs sur l’environnement avec des conséquences parfois désastreuses sur la santé des populations locales.

Les scientifiques dénoncent depuis de nombreuses années le fait que l’activité pétrolière contamine les terres et les cours d’eau non seulement par des déversements accidentels, mais aussi par le déversement d’eaux de production extraites de gisements.